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Corridors

Le voyage d'un litre de gasoil, du navire à une mine du Mali

1 novembre 2026 · 11 min de lecture

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Camion-citerne de carburant dans la circulation, au Nigeria

Photo : Effectzda Change · CC BY-SA 4.0

À Bamako, le litre de gasoil coûte 940 FCFA. À Niamey, 618. Dans le centre et le nord du Mali, il s'est vendu jusqu'à 2 500 FCFA au printemps 2026. Entre ces chiffres, il n'y a pas une différence de qualité : il y a un voyage. Celui d'un litre de gasoil qui part d'une raffinerie, traverse la mer, attend au port de Dakar, roule plus de mille kilomètres sur une route sous menace, et finit dans le réservoir d'une mine de la région de Kayes.

Nous l'avons suivi, étape par étape. Pour chacune, ce qui se joue : le prix, le temps, le risque, et ce qu'un acheteur peut faire pour ne pas le subir.

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Le voyage en un tableau

ÉtapeCe qui s'y joueLe risque principal
1. La raffinerieLa qualité et la formule de prixUn produit hors spécification
2. La merLe fret et le calendrierUn navire en retard, une route perturbée
3. Le port de DakarLe déchargementLes surestaries, l'attente au poste
4. Le dépôtLe stockage et le chargementLe volume perdu, mesuré à la mauvaise température
5. Le camion-citerneLa charge et les papiersLa surcharge, le dossier incomplet
6. La routeLe trajet et la frontièreL'attente à Moussala, la saison des pluies
7. Le convoiLa sécuritéLes attaques, le blocus
8. La mineLa réception et le stockUne livraison manquante qui arrête le site

Étape 1 : la raffinerie et la cotation

Le litre naît dans une raffinerie : en Europe, en Inde, au Moyen-Orient, ou désormais à Lekki, chez Dangote, qui annonce un gasoil à 10 ppm de soufre. Son prix ne se discute pas au litre : il suit une cotation internationale publiée chaque jour, plus une prime négociée qui paie le fret, l'assurance, l'inspection, le financement et la marge du vendeur. Le prix final est souvent la moyenne des cotations sur quelques jours autour de la date du connaissement. Nous l'expliquons dans Platts plus prime.

Avant de partir, le produit est inspecté au chargement par une société indépendante, et un certificat d'analyse en donne la qualité. C'est là que se décide s'il s'agit d'un gasoil EN590 à 10 ppm ou d'un gasoil à 50 ppm, le plafond de la CEDEAO : voir gasoil EN590 et AGO.

Ce qu'il faut faire : écrire la spécification et la formule de prix au contrat, et choisir soi-même la société d'inspection.

Étape 2 : la mer

Un navire-citerne embarque le lot, de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers de tonnes. En 2026, la mer a coûté cher : après les frappes du 28 février et le blocage du détroit d'Ormuz, le Brent est passé d'environ 70 dollars à un pic de 126 dollars le baril en mars. Chaque détour de route maritime se retrouve dans la prime.

Ce qu'il faut faire : ouvrir le crédit documentaire plusieurs jours avant la fenêtre de chargement, pas à l'arrivée du navire.

Étape 3 : le port de Dakar

Le navire arrive. S'il attend un poste, le compteur des surestaries tourne : si la charte-partie les fixe à 30 000 dollars par jour, dix jours d'attente coûtent 300 000 dollars, soit souvent la marge entière d'une cargaison. Le navire s'engage en général à pomper sa cargaison en 24 heures, si les installations à terre le permettent. Le détail est dans cargaison de carburant : surestaries et frais cachés.

Ce qu'il faut faire : fixer au contrat qui paie l'attente, et dans quel délai une réclamation doit être présentée.

Étape 4 : le dépôt

Le gasoil passe dans les bacs d'un dépôt. À Dakar, SENSTOCK exploite plus de 284 millions de litres de capacité répartis en trois dépôts. Pour le Mali, le produit peut rester sous douane, en transit.

Ici se joue une perte invisible : le volume dépend de la température. Dans la structure officielle des prix du Sénégal, une tonne de gasoil compte pour 1 152 litres à 15 °C et 1 160 litres à 25 °C. Un contrat qui ne dit pas à quelle température on compte paie des litres qui n'existent pas.

Ce qu'il faut faire : compter en tonnes ou en litres ramenés à 15 °C, et le voir dans dépôts et terminaux pétroliers d'Afrique de l'Ouest.

Étape 5 : le camion-citerne

Le litre monte dans une citerne de 45 000 litres, l'unité de mesure du carburant dans la région. Pleine de gasoil, elle porte environ 36,9 à 38 tonnes de produit. Or le règlement de l'UEMOA limite la charge à 11,5 tonnes par essieu et le poids total à 51 tonnes : une citerne de 45 000 litres pleine de gasoil n'est légale que si son poids à vide est assez bas. Un camion délesté au pesage perd une demi-journée. Le calcul est dans camion-citerne de 45 000 litres.

Pour le Mali, le camion part sous le régime du transit routier inter-États de la CEDEAO, qui évite de payer les droits du Sénégal : voir le TRIE expliqué.

Ce qu'il faut faire : vérifier le poids à vide de la citerne, et partir avec un dossier complet, vérifié à Dakar avant le chargement.

Étape 6 : la route

Le corridor Dakar Bamako fait environ 1 470 kilomètres par la route nord, celle de Kidira, et environ 200 de moins par la route sud, celle de Moussala. En octobre 2026, la route de Kidira était fermée : l'axe Kidira Kayes est devenu le plus exposé aux attaques contre les convois. Tout passe par Moussala, où le ministre sénégalais de l'Intérieur a trouvé le 1er octobre une file de camions longue de plusieurs dizaines de kilomètres.

Le prix suit : un camion Dakar Bamako se négociait autour de 1,4 million de FCFA avant le blocus, et de 3,6 à 4 millions en août 2026, selon la presse malienne. La saison des pluies, de juin à octobre, allonge encore les délais. Le détail est dans la route Dakar Bamako en 2026.

Ce qu'il faut faire : écrire dans le contrat qui paie les jours d'immobilisation, et ne jamais croire un délai garanti sur ce corridor en 2026.

Étape 7 : le convoi

Le 3 septembre 2025, le JNIM a annoncé un blocus des carburants sur le Mali. Les premiers convois de citernes ont été attaqués dès septembre dans la région de Kayes. À partir de fin octobre 2025, l'armée malienne a organisé des convois escortés, qui ont fait entrer 200 à 300 camions-citernes par semaine. Le blocus a été rétabli fin avril 2026, et en juillet l'Union des routiers du Sénégal comptait au moins 15 camions sénégalais incendiés.

L'escorte militaire a un prix, passé de 600 000 à 800 000 FCFA par convoi, selon Mondafrique en avril 2026. C'est là que le litre de Bamako, à 940 FCFA, devient le litre du nord à 1 250, puis 2 500 FCFA. Nous détaillons les chiffres dans livrer le Mali sous blocus.

Ce qu'il faut faire : fractionner les livraisons, suivre chaque camion heure par heure, et ne jamais pousser un chauffeur sur une route qu'il refuse.

Étape 8 : la mine

Le camion arrive enfin. Avant de signer, on contrôle : les scellés, l'aspect, la densité ramenée à 15 °C, le volume. La liste est dans la réception d'une livraison de gasoil.

Puis le litre rejoint le stock. Dans une zone où le carburant circule en convoi, le bon niveau est celui que l'État malien s'est fixé à lui-même par décret en avril 2026 : 45 jours de consommation. Une mine qui s'arrête faute de gasoil perd en une journée bien plus que ce que lui aurait coûté son stock : voir stock de gasoil sur site et la consommation de gasoil d'une mine.

Ce que coûte le voyage

Nous ne donnons pas de prix du jour : la cotation change chaque jour. Mais le voyage ajoute toujours les mêmes postes au produit, et ce sont eux qui font la différence entre Dakar et Kayes :

Le produit compte, mais c'est la route qui décide. C'est pourquoi le gasoil le moins cher de la zone franc est celui du Niger, qui raffine son propre brut, et le plus cher celui du Mali, qui reçoit tout par la route. Le comparatif est dans notre baromètre du prix du gasoil en Afrique de l'Ouest.

Notre lecture

On parle du prix du litre comme d'un chiffre. C'est en réalité la somme d'un voyage, et chaque étape peut le faire dérailler. Une mine du Sahel ne se protège pas en négociant quelques francs sur la cotation. Elle se protège par trois décisions : un contrat avec une formule de prix et des responsabilités écrites, une seconde source par un autre corridor, et un stock à la hauteur du risque de la route.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il pour livrer du gasoil de Dakar à Bamako ?

Il n'existe pas de délai garanti en 2026. Les convois, la sécurité, l'attente à Moussala et l'état des routes font varier la durée d'une semaine à l'autre, surtout pendant la saison des pluies.

Combien de litres transporte un camion-citerne ?

Le modèle courant porte 45 000 litres, soit environ 36,9 à 38 tonnes de gasoil. Il n'est légal plein que si son poids à vide reste compatible avec le plafond de 51 tonnes de l'UEMOA.

Le carburant destiné au Mali paie-t-il les taxes du Sénégal ?

Non, s'il voyage sous le régime du transit routier inter-États de la CEDEAO : les droits sont suspendus pendant la traversée et payés dans le pays de destination.

Pourquoi le gasoil est-il plus cher dans le nord du Mali ?

Parce que chaque kilomètre ajoute du transport, de l'escorte et du risque. En avril 2026, le litre se vendait de 1 250 à 2 500 FCFA dans le centre et le nord, contre 940 FCFA à Bamako.

Combien de jours de stock une mine doit-elle garder ?

Dans une zone desservie par convois, 45 jours de consommation, le niveau que l'État malien a retenu pour son stock national de sécurité en avril 2026.

Ce que nous faisons

GRACECORP AMD GROUP fournit le gasoil depuis nos propres dépôts ou ceux de nos partenaires à Dakar, Abidjan, Lomé ou Cotonou, selon la disponibilité, et GraceRoad organise le transport jusqu'au site avec des transporteurs vérifiés et le suivi de chaque camion. Le prix suit la cotation internationale plus une prime annoncée ; le paiement se fait par crédit documentaire ou 50 % à la commande.

Demander une offre sur WhatsApp ou voir notre offre carburant.

À lire aussi : sociétés minières au Sénégal et au Mali : la liste 2026 et approvisionner un pays enclavé : comment choisir son corridor.


Sources : articles GraceRoad déjà publiés et leurs sources primaires, notamment : Africanews, 23 mars 2026 (gasoil Euro 5 de Dangote) ; Togo First, 27 mai 2026 (Brent après le 28 février) ; chartes-parties types et conditions générales BP 2015 (surestaries, garantie de pompage) ; SENSTOCK, page « À propos » (capacité) ; CRSE, structure des prix (litres par tonne à 15 °C et 25 °C) ; règlement n° 14/2005/CM/UEMOA (charge à l'essieu et poids total) ; ministère sénégalais de l'Intérieur, 1er octobre 2026, et ISS Africa (Moussala, axe Kidira Kayes) ; Banque mondiale (longueur des deux routes) ; presse malienne, août 2026 (prix du camion Dakar Bamako) ; ISS Africa, 4 juin 2026 (convois escortés, 200 à 300 citernes par semaine, rétablissement du blocus) ; Union des routiers du Sénégal, juillet 2026 (camions incendiés) ; Mondafrique, 14 avril 2026 (coût des escortes, prix hors Bamako) ; Journal officiel du Mali, 2026, n° 7 (stock national de sécurité de 45 jours) ; gouvernement du Niger, communiqué du 17 juillet 2024.

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