Quand une marchandise débarque à Dakar et repart vers Bamako, elle traverse deux territoires douaniers. Sans régime particulier, il faudrait la dédouaner au Sénégal puis la réexporter, et payer deux fois. Le TRIE existe pour l'éviter.
Il est souvent présenté en deux phrases. Le texte, lui, fixe des règles précises qui expliquent la plupart des blocages sur les corridors : un camion, une déclaration ; des scellés que personne ne doit toucher ; une caution qui reste engagée tant qu'un feuillet n'est pas revenu au bureau de départ. Voici ce qu'il faut savoir, article par article, et ce qui a changé depuis que le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont quitté la CEDEAO.
Passez à l'action
- Organiser un transport en transit vers le Mali : transporteurs vérifiés, devis sous 24 heures ouvrées.
- Décrire votre transit sur WhatsApp : marchandise, poids, arrivée du navire, destination.
- Faire sortir votre conteneur du port de Dakar : jusqu'à Bamako, ou dépoté à Dakar.
Ce qu'est le TRIE
Le transit routier inter-États a été créé par la convention A/P4/5/82 de la CEDEAO, signée à Cotonou le 29 mai 1982. Le texte le définit comme le régime qui permet de transporter des marchandises par route, d'un bureau de douane d'un État membre à un bureau de douane d'un autre État membre, à travers un ou plusieurs États, en suspension des droits, taxes et restrictions. La marchandise voyage sous un jeu unique de documents douaniers et ne doit être ni déchargée ni transbordée en cours de route (article 1).
Autrement dit : la marchandise traverse le Sénégal sans y être taxée, et les droits ne sont acquittés qu'au bureau de destination, à Bamako par exemple.
Une convention additionnelle, signée à Banjul le 30 mai 1990, a organisé la garantie : une chaîne de cautions nationales, désignées par chaque État, qui couvrent les droits, les taxes et les pénalités éventuelles du bureau de départ jusqu'au bureau de destination.
Les règles qui comptent, article par article
Un transporteur et un camion agréés (article 4). Seuls des transporteurs autorisés par leur État, avec des véhicules ou des conteneurs préalablement agréés, peuvent travailler sous TRIE. Le certificat d'agrément est délivré par l'administration du pays où réside le propriétaire. Il est valable un an, renouvelable, et devient caduc si le véhicule change de propriétaire ou est modifié. Quand il transporte des marchandises en transit, le camion porte à l'avant et à l'arrière une plaque ronde bleue de 25 cm aux mentions « CEDEAO TRIE » et « ECOWAS ISRT ».
Une déclaration en quatre feuillets (article 6). Le feuillet 1 reste au bureau de départ. Le feuillet 2 est déposé au bureau de destination. Le feuillet 3 revient au bureau de départ pour décharger l'opération. Le feuillet 4 part aux services statistiques du pays de destination. S'y ajoute un avis de passage pour chaque bureau traversé (article 9).
Un camion, une déclaration (article 13). Une même déclaration ne couvre que des marchandises chargées sur un seul moyen de transport, d'un même bureau de départ vers un même bureau de destination. C'est pour cela qu'un lot mal documenté retient tout le camion, et que les transporteurs se méfient des petits lots groupés.
Un itinéraire et un délai imposés (articles 10 et 14). Le bureau de départ fixe l'itinéraire et le délai dans lequel la marchandise doit être présentée à destination. Le transporteur doit les respecter et livrer la marchandise intacte.
Des scellés respectés (articles 15 à 18). La marchandise est protégée par des scellés posés au départ. Aux bureaux de passage, la douane vérifie que les scellés sont intacts et vise les documents ; elle ne contrôle pas la marchandise, sauf soupçon d'irrégularité. Un scellé endommagé en route doit être constaté sans délai par l'autorité la plus proche (article 21).
Une caution libérée au retour du feuillet 3 (articles 26 à 28). La garantie couvre au moins les droits, les taxes et les pénalités possibles. Elle peut être globale, pour plusieurs opérations sur un an au plus, ou limitée à une seule opération. Le principal obligé et sa caution ne sont libérés qu'une fois l'opération déchargée au bureau de départ.
Pourquoi cela compte pour un chargeur
Sans le TRIE, l'approvisionnement des pays enclavés par les ports de la côte serait hors de prix. Avec lui, la marchandise malienne qui arrive à Dakar passe par les Entrepôts maliens au Sénégal, créés en 1977, et la douane malienne dispose d'un bureau à Dakar.
Mais le régime mobilise une caution, et cette caution a un coût. Tant que le feuillet 3 n'est pas revenu, elle reste engagée. Un transit mal clôturé, c'est une garantie bloquée pour le commissionnaire, qui finira par la facturer.
Ce qui a changé depuis 2025 pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger
Les trois pays de l'Alliance des États du Sahel (AES) ont quitté la CEDEAO le 29 janvier 2025. Le même jour, la CEDEAO a décidé de continuer à accorder aux biens et services de ces pays le traitement prévu par son schéma de libéralisation des échanges, et à leurs ressortissants le droit de circuler et de s'établir sans visa, jusqu'à l'adoption de modalités complètes par ses chefs d'État. Le communiqué ne cite pas le TRIE.
Les trois pays restent par ailleurs membres de l'UEMOA, avec le Sénégal, la Côte d'Ivoire, le Togo et le Bénin. Fin mars 2025, l'AES a créé un prélèvement confédéral de 0,5 % sur la valeur en douane des marchandises importées de pays tiers. Les marchandises en transit en sont exclues, et le ministre malien des Finances l'a présenté comme le remplaçant de l'ancien prélèvement de la CEDEAO, au même taux.
Les routes bougent aussi. Le 28 janvier 2026, le Mali et la Guinée ont signé des accords pour développer une voie de transit par le port de Conakry. Dakar reste le grand port du Mali, mais la concurrence entre corridors est ouverte.
Pour un chargeur, la conclusion est pratique : le régime de chaque opération se vérifie au bureau de départ, avec le commissionnaire, avant le chargement. Ce qui était vrai il y a deux ans ne l'est pas forcément aujourd'hui.
Ce que le terrain ajoute au texte
Il serait malhonnête de présenter le TRIE comme une procédure parfaitement fluide. L'UEMOA et la CEDEAO ont créé ensemble, en 2007, un Observatoire des pratiques anormales sur les axes routiers inter-États, un dispositif qui ne se serait pas justifié si les corridors fonctionnaient sans friction. Les contrôles non prévus et les prélèvements informels aux barrages restent une réalité documentée.
Côté douane, l'informatique avance. Le système interconnecté de gestion des marchandises en transit, SIGMAT, transmet la déclaration de transit du bureau de départ aux bureaux de passage et de destination. En juin 2023 à Lomé, les directeurs généraux des douanes de neuf pays, dont le Sénégal et le Mali, se sont engagés à le rendre pleinement opérationnel.
Gagner du temps sur un transit : la liste
- Le connaissement mentionne le transit. Un conteneur destiné au Mali doit porter, sur le connaissement, une mention comme « conteneur en transit pour le Mali ». Sans elle, la douane sénégalaise peut le traiter comme une importation locale.
- La franchise est négociée pour le transit. Maersk annonçait en 2021 vingt-trois jours de franchise pour un conteneur en transit vers le Mali. Un aller-retour Dakar Bamako de plus de 2 700 km les consomme vite.
- Les formalités maliennes sont faites avant le chargement : enregistrement de l'importateur à la direction du commerce, intention d'importation, assurance souscrite auprès d'un assureur malien, ordre de transit donné à un commissionnaire agréé, bordereau électronique de suivi des cargaisons du Conseil malien des chargeurs.
- Le camion a un agrément valide. Un certificat expiré, c'est un camion qui ne part pas.
- Aucun lot incomplet n'est chargé. Une seule déclaration couvre tout le camion : un lot sans facture ou avec un poids faux retient les autres.
- Le feuillet 3 revient au bureau de départ. C'est ce qui libère la caution.
- Le conteneur est dépoté à Dakar quand c'est moins cher. En février 2026, environ 4 000 conteneurs vides attendaient à Bamako. Nous avons fait le calcul dans dépoter à Dakar ou envoyer le conteneur jusqu'à Bamako.
Notre lecture
Le TRIE est un bon texte, plus précis qu'on ne le croit. Ce qui coûte cher sur les corridors, ce n'est pas le régime, c'est l'écart entre le texte et le dossier : un connaissement sans mention de transit, un lot sans facture, un agrément expiré, un feuillet qui ne revient pas. Chacun de ces écarts se corrige à Dakar, avant le départ. À la frontière, il est trop tard.
Et depuis 2025, il faut ajouter une ligne à la liste : vérifier, pour chaque opération, ce qui s'applique entre la CEDEAO et l'AES. Les règles évoluent, et elles évolueront encore.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le TRIE ?
Le transit routier inter-États, créé par la convention A/P4/5/82 de la CEDEAO du 29 mai 1982. Il permet de transporter par route une marchandise d'un bureau de douane d'un État à un autre, à travers un ou plusieurs pays, en suspension des droits et taxes, sous un document unique et garanti par une caution.
Qui fournit la caution TRIE ?
Une caution nationale désignée par chaque État, en vertu de la convention additionnelle signée à Banjul le 30 mai 1990. Elle couvre les droits, taxes et pénalités du bureau de départ jusqu'au bureau de destination.
Un camion sous TRIE peut-il décharger en route ?
Non. La marchandise ne doit être ni déchargée ni transbordée pendant le transit. Un transbordement se fait sous le contrôle de la douane, et seul un danger imminent autorise un déchargement immédiat, qui doit être mentionné sur les documents.
Combien de temps est valable l'agrément d'un camion TRIE ?
Un an, renouvelable. Il devient caduc en cas de changement de propriétaire ou de modification du véhicule.
Le TRIE s'applique-t-il encore au Mali ?
Le Mali a quitté la CEDEAO le 29 janvier 2025. La CEDEAO a maintenu, à titre provisoire, le traitement de ses marchandises, sans citer le TRIE, et le Mali reste membre de l'UEMOA. Le régime de chaque opération se vérifie au bureau de départ avec le commissionnaire.
Comment GraceCorp intervient
Nous organisons des transports en transit vers les pays enclavés de la région. Nous vérifions le dossier avant le chargement, travaillons avec des transporteurs dont nous contrôlons les documents et l'agrément, et suivons chaque camion jusqu'au bureau de destination. Le dédouanement relève d'un commissionnaire en douane agréé, que nous coordonnons avec le transport.
Passez à l'action
- Écrire sur WhatsApp : nous vous disons ce qui manque au dossier avant le chargement.
- Voir le corridor Dakar Bamako : distance, frontière, documents, délais.
- Suivre l'état des routes chaque lundi : la météo des corridors.
À lire aussi : corridor Dakar Bamako : itinéraire, délais, postes de contrôle et sortir un conteneur du port de Dakar.
Sources : Convention A/P4/5/82 de la CEDEAO relative au transit routier inter-États des marchandises, Cotonou, 29 mai 1982, articles 1, 4, 6, 9, 10, 13 à 18, 21 et 26 à 28, et annexe B (agrément des véhicules et des conteneurs, plaques TRIE), texte publié par la CEDEAO ; convention additionnelle portant institution d'un mécanisme de garantie des opérations de transit routier inter-États, Banjul, 30 mai 1990, loi de ratification publiée sur vie-publique.sn ; communiqué de la CEDEAO du 29 janvier 2025, rapporté par Africa Inside ; Le Soleil, 30 mars 2025 (prélèvement confédéral de l'AES) ; allAfrica, 2 février 2026 (accords Mali Guinée du 28 janvier 2026) ; Observatoire des pratiques anormales, initiative UEMOA CEDEAO, 2007 ; Logistafrica, 17 juin 2023 (réunion de Lomé sur SIGMAT) ; Ocean Network Express, avis de 2019 sur le BESC au Sénégal (mention du transit sur le connaissement) ; Maersk, avis du 26 août 2021 ; portail commercial du Mali et Conseil malien des chargeurs (formalités d'importation) ; eRegulations du corridor Dakar Bamako (Entrepôts maliens au Sénégal, bureau de la douane malienne à Dakar) ; ISS Africa, 4 juin 2026.
