En mars 2026, à Bamako, les files d'attente devant les stations s'étiraient sur deux à trois kilomètres. Au même moment, à Conakry, le litre d'essence se revendait au marché noir à plus de 20 000 francs guinéens, près du double du prix officiel. Un mois plus tôt, des stations de Nouakchott étaient à sec alors que le gouvernement venait de baisser les prix.
Trois pays, trois causes différentes, un même résultat. Voici pourquoi le carburant manque en Afrique de l'Ouest, ce que cela coûte, et ce qui protège réellement.
Les causes
1. La route coupée
Le Mali n'a ni raffinerie ni accès à la mer : tout son carburant arrive par camion-citerne depuis Dakar, Abidjan, Lomé ou Conakry. Début septembre 2025, le groupe jihadiste JNIM, lié à Al-Qaïda, a annoncé interdire les importations de carburant vers le Mali. Depuis, les convois sont attaqués sur les axes venant du Sénégal et de la Côte d'Ivoire. Selon l'Institut d'études de sécurité, plus de 300 camions-citernes avaient été détruits en juin 2026. Les convois passent désormais sous escorte militaire, dont le coût est passé de 600 000 à 800 000 FCFA par convoi.
2. Le choc lointain
Le 28 février 2026, les frappes sur l'Iran et le blocage du détroit d'Ormuz ont fait bondir le Brent jusqu'à 126 dollars le baril en mars. Pour des pays qui importent tout leur carburant raffiné, un choc de prix se transforme vite en choc d'approvisionnement : les cargaisons deviennent plus chères, plus rares, et les importateurs hésitent.
3. La peur
À Conakry, en mars 2026, la Société nationale des pétroles assurait que les stocks et les cargaisons en route couvraient les besoins du pays. Les files se sont formées quand même. Le souvenir de l'explosion du dépôt de Kaloum, en décembre 2023, suffit à déclencher des achats de précaution à chaque rumeur. Une pénurie peut ainsi naître sans que le produit manque : il suffit que tout le monde remplisse ses bidons le même jour.
4. Le prix administré
Quand l'État fixe un prix de vente inférieur au coût, comme au Sénégal où le gouvernement estimait en août 2026 le coût réel du gasoil à 1 044 FCFA pour 755 FCFA à la pompe, quelqu'un doit payer l'écart. Si la subvention tarde, les importateurs ralentissent. Et un produit vendu moins cher qu'à côté part de l'autre côté de la frontière.
5. La spéculation
À Bamako, en mars 2026, le ministre de l'Industrie a accusé des opérateurs de spéculer et de stocker, et plafonné les ventes à 600 litres par camion pendant 72 heures. Dans toute pénurie, une partie du produit disparaît dans des stocks privés, en attendant que le prix monte.
Les conséquences
L'électricité s'arrête. Au Mali, une partie des centrales fonctionne au gasoil. En mars 2026, certains quartiers de Bamako restaient plus de 24 heures sans courant, d'autres ne recevaient que 3 à 7 heures par jour. L'eau suivait, parce que des stations de pompage dépendent du réseau électrique.
Les écoles ferment. Du 27 octobre au 9 novembre 2025, le gouvernement malien a suspendu les cours dans toutes les écoles et universités du pays, parce que le personnel ne pouvait plus se déplacer.
Les prix s'envolent hors des villes. Le prix officiel du gasoil à Bamako est de 940 FCFA le litre ; dans le centre et le nord du Mali, il se vend de 1 250 à 2 500 FCFA.
Tout le reste suit. Le transport coûte plus cher, donc la nourriture aussi. En mars, un conducteur de taxi-moto de Conakry résumait la situation : à ce prix, on ne travaille plus que pour payer le carburant.
La qualité baisse. Le marché noir ne délivre pas de certificat d'analyse. Un gasoil coupé ou mal stocké abîme les moteurs, et ce coût-là n'apparaît qu'après.
Les solutions
Pour les États
Un stock de sécurité réel. Le Mali a institué en avril 2026 un stock national de sécurité de 45 jours de consommation pour l'essence, le gasoil, le carburéacteur et le butane. C'est la bonne mesure, à condition de construire les cuves et de les remplir.
Des dépôts à l'intérieur des terres. Le dépôt de Péni, 104 000 mètres cubes près de Bobo-Dioulasso, et l'extension du dépôt de Yamoussoukro, porté à 100 700 mètres cubes en 2026, rapprochent le stock de ceux qui consomment.
Plusieurs corridors. Un pays enclavé servi par un seul port dépend d'une seule route. Dakar, Abidjan, Lomé, Cotonou et Conakry doivent tous pouvoir livrer.
Une communication claire. Annoncer les stocks réels et les dates d'arrivée des cargaisons coupe court à la panique mieux que n'importe quel plafond.
Pour les entreprises et les sites isolés
Un stock tampon sur site. Quelques semaines de consommation en cuve absorbent un convoi retardé ou une route coupée. Pour une mine ou une centrale, c'est l'assurance la moins chère.
Un contrat plutôt qu'un achat au jour le jour. Un volume mensuel annoncé, une formule de prix connue, un calendrier de livraisons : le fournisseur réserve le produit, et vous passez avant les acheteurs du jour.
Une origine de repli. Un contrat qui prévoit deux ports de départ continue de livrer quand l'un des corridors se ferme.
Le contrôle de la qualité. En période de pénurie, plus que jamais, exigez le certificat d'analyse de chaque lot et faites contrôler les gros volumes.
Notre lecture
Les pénuries d'Afrique de l'Ouest ne sont pas des accidents. Ce sont les symptômes de chaînes trop longues, trop concentrées et trop peu stockées. La région raffine désormais assez de carburant, grâce à Dangote notamment ; ce qui lui manque, ce sont des cuves à l'intérieur des terres, des routes sûres et des contrats qui engagent.
Le jour où un site du Sahel aura toujours six semaines de gasoil devant lui, une route coupée deviendra un problème de logistique, plus une crise.
Questions fréquentes
Pourquoi y a-t-il une pénurie de carburant au Mali ?
Parce que le JNIM a déclaré en septembre 2025 un blocus sur les importations de carburant et attaque les convois de camions-citernes venant du Sénégal et de la Côte d'Ivoire. Le Mali n'a ni raffinerie ni accès à la mer.
Quelles sont les conséquences d'une pénurie de carburant ?
Des coupures d'électricité quand les centrales fonctionnent au gasoil, des coupures d'eau, des hausses de prix du transport et de la nourriture, un marché noir et un carburant de qualité douteuse. Au Mali, les écoles ont même fermé deux semaines fin 2025.
Comment se protéger d'une pénurie de carburant ?
Pour une entreprise : un stock tampon de plusieurs semaines sur site, un contrat d'approvisionnement avec un calendrier et une formule de prix, et une origine de repli. Pour un État : un stock de sécurité, des dépôts à l'intérieur des terres et plusieurs corridors.
Qu'est-ce qu'un stock de sécurité de carburant ?
Une réserve stratégique que l'État ne touche qu'en cas de crise. Au Mali, le décret d'avril 2026 la fixe à 45 jours de consommation pour chaque produit.
Ce que nous faisons
GraceRoad livre du gasoil et de l'essence certifiés sur site, depuis la Côte d'Ivoire, le Bénin, le Togo et le Sénégal, avec des camions suivis par GPS et des itinéraires de repli. Nous aidons les sites isolés à dimensionner leur stock tampon et à planifier leurs livraisons à l'avance. Décrivez-nous votre consommation mensuelle et votre lieu de livraison.
À lire aussi : livrer le Mali sous blocus et dépôts pétroliers en Afrique de l'Ouest.
Sources : allAfrica, 13 mars 2026 (pénurie de gasoil à Bamako, coupures d'électricité et d'eau, plafond de 600 litres) ; Africanews, 27 octobre 2025 (fermeture des écoles et universités, blocus du JNIM) ; allAfrica, 15 septembre 2025 (attaques de convois de citernes dans la région de Kayes) ; Institut d'études de sécurité, 4 juin 2026 (citernes détruites depuis septembre 2025) ; Mondafrique, avril 2026 (coût des escortes, prix hors Bamako) ; Investigator Guinée et allAfrica, 3 mars 2026 (pénurie et marché noir à Conakry, communiqué de la SONAP, dépôt de Kaloum) ; Le360 Afrique, 4 février 2026 (stations à sec à Nouakchott) ; Togo First, 27 mai 2026 (Brent après le 28 février) ; gouvernement du Sénégal, cité par Sénégal Direct (coût réel du gasoil) ; Journal officiel du Mali, 2026, n° 7 (stock national de sécurité) ; Burkina 24, 24 janvier 2025, et Agence ivoirienne de presse, 24 juillet 2026 (dépôts de Péni et de Yamoussoukro).
