Au Malawi, à la mi-octobre 2026, des automobilistes dormaient dans les stations-service. Le pays consomme environ un million de litres d'essence et un million de litres de gasoil par jour, plus de 700 millions de litres par an, et il les importe tous. Le carburant existe sur le marché mondial. Ce qui manque, ce sont les dollars pour le payer : le directeur général de la compagnie pétrolière nationale, la NOCMA, l'a dit aux commissions parlementaires, et un rapport du FMI avait déjà relevé que des banques internationales avaient cessé de confirmer les lettres de crédit du pays pour ses importations de carburant.
Le Malawi n'est pas un cas isolé. Partout où les devises manquent, la même chaîne se casse au même endroit : la banque. Voici comment elle se casse, ce qui a déjà marché ailleurs, et comment un acheteur peut encore payer et se faire livrer.
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Comment la pénurie de dollars bloque le carburant
Le carburant se vend en dollars. Un importateur paie son fournisseur par un crédit documentaire : sa banque s'engage à payer contre les documents de la cargaison. Mais un fournisseur étranger n'accepte souvent cet engagement que s'il est confirmé par une banque internationale qu'il connaît.
Quand un pays manque de devises, la banque confirmatrice craint de ne jamais être remboursée en dollars. Elle cesse de confirmer. Le fournisseur exige alors un paiement d'avance, que l'importateur ne peut pas faire, faute de dollars. La cargaison ne part pas.
Au Malawi, la cause première est connue : selon la Commission du tabac, citée par Forbes Africa, les recettes du tabac, environ 15 % du PIB, sont tombées de 500,4 millions de dollars sur les 19 premières semaines de 2025 à 282,5 millions sur la même période de 2026, le prix moyen passant de 2,54 à 1,98 dollar le kilo. Moins d'exportations, moins de dollars, moins de carburant. Et sans carburant, ce sont les camions, les fermes et les mines qui ralentissent, c'est-à-dire ceux qui rapportent des dollars.
Ce qui a déjà marché
Le crédit long négocié d'État à État : le Kenya. En mars 2023, le Kenya a signé avec trois compagnies du Golfe, Aramco Trading, ADNOC Global Trading et ENOC, des accords de fourniture à 180 jours de crédit. Avant, les importateurs devaient trouver leurs dollars en quelques jours ; ils paient désormais en shillings, à des banques locales, adossées à des lettres de crédit à 180 jours. Selon la presse kényane, 158 cargaisons sont arrivées ainsi entre avril 2023 et mai 2025, et le ministre de l'Énergie affirmait encore en septembre 2026 que le dispositif avait soulagé la pénurie de dollars. Le système a ses critiques : un audit a relevé des surcoûts pour les consommateurs, et les primes ont été renégociées.
Les banques africaines de commerce : Afreximbank. En avril 2025, Afreximbank a lancé un programme renouvelable de 3 milliards de dollars pour financer l'achat de carburant raffiné entre pays africains : essence, gasoil, fioul lourd, carburéacteur, kérosène. Il s'adresse aux négociants, aux banques, aux États et aux importateurs publics, et la banque en attend 10 à 14 milliards de dollars de commerce pétrolier intra-africain. Au Malawi, la NOCMA disait en juin 2026 finaliser avec Afreximbank une facilité renouvelable de 120 millions de dollars pour reconstituer ses réserves.
Le financement islamique du commerce : l'ITFC. La Société internationale islamique de financement du commerce finance des importations d'énergie par la mourabaha : la banque achète le produit et le revend à l'importateur avec une marge, payable plus tard. Elle a signé en octobre 2025 une facilité de 90 millions de dollars avec Djibouti pour ses achats de produits pétroliers raffinés, dans un accord-cadre de 600 millions sur trois ans, et en juillet 2025 une facilité de 513 millions avec le Pakistan.
Payer en monnaie locale : le PAPSS. Le système panafricain de paiement et de règlement, dont Afreximbank est l'agent de règlement, permet de régler un achat entre deux pays africains en monnaies locales, les banques centrales compensant entre elles. Il reliait 28 à 30 pays au second semestre 2026 ; la BEAC l'a rejoint en juillet 2026 et la BCEAO était en phase pilote. Sa limite : il suppose des marchés des changes assez profonds, ce que beaucoup de pays construisent encore.
L'assurance-crédit : l'ATI. L'Agence pour l'assurance du commerce en Afrique assure des risques de non-paiement et des risques politiques. Elle a par exemple couvert en 2011 la facilité d'une banque multilatérale africaine montée pour aider la Zambie à importer du carburant. Un fournisseur assuré accepte plus facilement d'attendre son paiement.
Sept façons de payer et de se faire livrer quand même
- Payer depuis l'endroit où sont les dollars. Une mine, un exportateur de tabac, de thé ou de cajou encaisse ses ventes en dollars, souvent hors du pays. Il peut payer son carburant directement depuis ce compte, sans passer par la banque centrale. C'est la solution la plus simple et la plus rapide.
- Adosser le carburant aux exportations. Un exportateur qui a besoin de carburant pour produire peut payer une partie de ses livraisons avec ses recettes à venir, versées sur un compte séquestre que le fournisseur peut contrôler.
- Faire confirmer le crédit documentaire par une banque africaine. Quand les banques européennes ne confirment plus, une banque régionale disposant de lignes d'Afreximbank, de la TDB ou d'un autre bailleur peut le faire.
- Faire assurer le risque. Une police d'assurance-crédit, de l'ATI par exemple, rend acceptable un paiement différé qui ne l'était pas.
- Fractionner les achats. Quand les dollars arrivent au compte-gouttes, mieux vaut des livraisons par camion-citerne, payées lot par lot, qu'une cargaison de 2 000 tonnes payée d'un coup.
- Utiliser un compte séquestre. L'acheteur dépose les fonds chez un tiers ; ils sont libérés au fournisseur contre les documents de livraison. Chacun est protégé.
- Passer par les mécanismes publics quand on est un importateur public : facilité d'Afreximbank, mourabaha de l'ITFC, accord d'État à État avec crédit long.
Notre lecture
La pénurie de dollars n'est pas un problème de carburant. C'est un problème d'exportations, et elle se règle à la source : un pays qui vend plus, qui transforme davantage ce qu'il produit et qui protège les devises nécessaires à son énergie ne fait pas la queue à la pompe. En attendant, la solution est rarement d'attendre que la banque centrale rouvre les vannes. Elle est de rapprocher le carburant de ceux qui gagnent des dollars, et de construire des montages où chacun voit son risque couvert.
Questions fréquentes
Pourquoi la pénurie de dollars provoque-t-elle une pénurie de carburant ?
Parce que le carburant s'achète en dollars. Quand un pays manque de devises, les banques étrangères cessent de confirmer ses crédits documentaires, les fournisseurs exigent un paiement d'avance, et les cargaisons ne partent plus.
Qu'est-ce qu'un crédit documentaire confirmé ?
Un crédit documentaire auquel une seconde banque, en général dans un pays sûr, ajoute son propre engagement de payer. Le fournisseur est alors payé même si la banque de l'acheteur ne peut pas transférer les dollars.
Comment importer du carburant sans dollars ?
En payant depuis un compte en devises à l'étranger, en adossant les achats à des recettes d'exportation, en faisant confirmer le crédit par une banque régionale, en fractionnant les achats, ou par des mécanismes publics comme ceux d'Afreximbank, de l'ITFC ou un accord d'État à État avec crédit long.
Qu'est-ce que le PAPSS ?
Le système panafricain de paiement et de règlement, qui permet de régler en monnaies locales les échanges entre pays africains, avec Afreximbank comme agent de règlement.
Ce que nous faisons
GRACECORP AMD GROUP fournit le gasoil, l'essence, le Jet A-1, le fioul CST 180 et le bitume. Nous acceptons le paiement par crédit documentaire ou à 50 % à la commande ; pour un enlèvement au dépôt en cash and carry, nous demandons un bon de commande et une preuve de fonds. Pour un acheteur qui encaisse ses recettes en dollars hors de son pays, comme une mine ou un exportateur, le paiement depuis l'étranger met l'approvisionnement à l'abri de la pénurie de devises. En Afrique de l'Ouest, nous livrons par camion-citerne ; ailleurs en Afrique, par navire jusqu'à votre port, à partir de 2 000 tonnes.
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À lire aussi : crédit documentaire, SBLC, cash and carry : comment payer et pénurie de carburant en Afrique : causes et solutions.
Sources : allAfrica, 1er octobre 2026 (consommation du Malawi, un million de litres d'essence et un million de gasoil par jour) et 5 octobre 2026, d'après Nyasa Times (déclarations du directeur général de la NOCMA aux commissions parlementaires ; rapport du FMI sur l'arrêt des confirmations de lettres de crédit) ; Forbes Africa, 23 octobre 2026 (files d'attente, recettes du tabac selon la Commission du tabac, propositions des analystes) ; Business Daily Africa et Capital FM (accord du Kenya avec Aramco Trading, ADNOC Global Trading et ENOC, 158 cargaisons d'avril 2023 à mai 2025, déclarations du ministre de l'Énergie en septembre 2026, audit et renégociation des primes) ; Engineering News, 29 avril 2025 (programme d'Afreximbank de 3 milliards de dollars) ; Business Malawi, juin 2026 (facilité de 120 millions de dollars entre la NOCMA et Afreximbank) ; Arab News, juillet et octobre 2025 (facilités de l'ITFC pour le Pakistan et Djibouti) ; Agence Ecofin et TechEconomy, juillet à octobre 2026 (PAPSS, adhésion de la BEAC, phase pilote de la BCEAO) ; ATI, communiqué sur la couverture d'une facilité d'importation de carburant pour la Zambie (2011).
