Les conditions générales de BP pour la vente de pétrole brut et de produits raffinés comptent 119 pages. D'autres négociants s'en servent comme modèle : Trafigura en fait la base de ses propres conditions. Une phrase y résume l'enjeu : une réclamation de quantité ou de qualité n'est recevable que si elle est notifiée par écrit dans les 45 jours suivant la fin du déchargement, avec les preuves. Passé ce délai, vous ne pouvez plus rien réclamer, même si le lot était mauvais.
Un contrat de carburant ne se juge pas à son prix. Il se juge à ce qu'il prévoit le jour où quelque chose ne va pas. Voici les clauses à lire, dans l'ordre où elles comptent.
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1. La spécification du produit
C'est la clause la plus importante, et la plus souvent bâclée. Elle doit citer une norme (EN 590 pour le gasoil, par exemple, ou la norme nationale du pays de livraison) et les valeurs qui vous importent : soufre, masse volumique, point d'éclair, teneur en eau.
Attention aux « valeurs typiques ». Les conditions générales de BP le disent clairement : les valeurs typiques ne font pas partie de la description du produit. Seules comptent les limites de la spécification. Si un chiffre vous importe, écrivez-le comme une limite.
Notre article certificat d'analyse du gasoil détaille chaque ligne et ses limites.
2. La quantité et sa tolérance
Une cargaison ne se charge jamais au litre près. Le contrat fixe donc une quantité et une tolérance, en pourcentage, en précisant qui la choisit : le vendeur, l'acheteur ou le navire. Écrivez aussi l'unité : tonnes métriques, ou litres à 15 °C. Notre article 1 tonne de gasoil en litres explique pourquoi un volume sans température ne veut rien dire.
3. Le prix et la période de cotation
Un prix de carburant sérieux n'est pas un chiffre fixe. C'est une formule : une cotation internationale publiée, plus une prime. Le contrat doit dire :
- quelle cotation (par exemple Platts, pour tel produit, telle région) ;
- quelle période : la moyenne des cotations autour de la date du connaissement, ou celle du mois précédant la livraison. Un accord-cadre public britannique retient, par exemple, la moyenne des cotations Platts du mois qui précède la livraison ;
- la prime, fixe pendant toute la durée du contrat ;
- la devise et le taux de change applicable si vous payez dans une autre monnaie.
Le mécanisme est détaillé dans Platts plus prime.
4. L'inspection et les certificats
La règle courante, celle des conditions générales de BP : la quantité et la qualité sont déterminées au chargement par un inspecteur indépendant, et ses certificats servent à facturer, sauf erreur manifeste ou fraude. L'acheteur peut envoyer un représentant pour assister au jaugeage, au prélèvement et à l'analyse, mais pas pour les faire, et à ses frais.
Écrivez dans le contrat qui choisit l'inspecteur, qui le paie (souvent à parts égales), et combien de temps les échantillons sont conservés, pour pouvoir faire une contre-analyse en cas de litige.
5. Le transfert de propriété et de risque
C'est la clause qui dit qui supporte une perte en route. Dans les conditions générales de BP, pour une vente FOB, le risque et la propriété passent à l'acheteur au moment où le produit franchit la bride de raccordement permanente du navire au terminal de chargement.
Les Incoterms 2020 de la Chambre de commerce internationale fixent les règles générales :
- FOB, CFR et CIF : le risque passe à l'acheteur au chargement à bord, au port de départ. En CIF, le vendeur paie aussi l'assurance, mais à une couverture minimale.
- DAP : le risque reste au vendeur jusqu'au lieu de destination convenu, marchandise prête à être déchargée.
- DDP : le vendeur supporte en plus les droits et taxes d'importation, comme nous l'expliquons dans Incoterm DDP.
6. Le temps de planche et les surestaries
Pour un navire, le contrat fixe le temps alloué pour charger ou décharger, et le prix de chaque jour de dépassement : les surestaries. Les conditions générales de BP imposent un délai strict : pour une vente FOB, le vendeur ne doit rien si la réclamation de surestaries n'est pas reçue par écrit dans les 45 jours suivant le débranchement des flexibles, les pièces justificatives devant suivre dans les 90 jours. Nous chiffrons ces coûts dans cargaison de carburant : surestaries et frais cachés.
7. Le paiement
Trois choses à vérifier :
- Le moyen : virement, crédit documentaire, lettre de crédit stand-by. Un crédit documentaire est irrévocable selon les règles RUU 600 de la Chambre de commerce internationale, et la banque dispose au plus de cinq jours ouvrés après la présentation pour examiner les documents.
- Les documents exigés : chez BP, pour une livraison par navire FOB, CFR ou CIF, la facture commerciale, le jeu complet des trois connaissements originaux et les certificats originaux de quantité, de qualité et d'origine.
- L'échéance : le jour, l'heure et le fuseau horaire du paiement, et ce qui se passe si ce jour est férié.
Chez BP, le paiement se fait sans aucune déduction ni compensation : une réclamation se règle à part, elle ne permet pas de retenir le paiement.
8. Les délais de réclamation
Relevez chaque délai et mettez-le dans votre agenda le jour du chargement :
| Réclamation | Délai dans les conditions générales de BP 2015 |
|---|---|
| Quantité ou qualité | 45 jours après la fin du déchargement, avec les preuves |
| Écart de quantité | aucune réclamation si l'écart entre chargé et déchargé est de 0,5 % ou moins |
| Surestaries (vente FOB) | 45 jours après le débranchement des flexibles, justificatifs sous 90 jours |
| Action en justice | 1 an après la livraison |
9. La force majeure
Elle libère une partie quand un événement extérieur l'empêche d'exécuter. Lisez la liste des événements couverts, la façon de les notifier, et surtout ce qui se passe si la situation dure : au bout de combien de jours chacun peut-il résilier ? Une clause muette sur ce point vous laisse lié à un contrat qui ne s'exécute plus.
10. Le droit applicable et le tribunal
Les conditions générales de BP choisissent le droit anglais et la Haute Cour de Londres. C'est très répandu dans le négoce international. Ce qui compte pour vous : pouvoir faire exécuter une décision là où se trouve votre cocontractant, et savoir combien coûterait un litige. Pour un premier contrat avec un fournisseur, une procédure lointaine et coûteuse protège surtout celui qui a les moyens de l'engager.
Les signaux qui doivent vous arrêter
- Un contrat sans spécification chiffrée, ou qui ne cite que des valeurs « typiques ».
- Un prix fixe sur douze mois sans formule : quelqu'un a intégré une prime de risque, ou ne pourra pas tenir.
- Aucune inspection indépendante au chargement.
- Un paiement intégral d'avance à un vendeur qui ne prouve pas qu'il détient le produit. Lisez négoce de carburant : qui a vraiment le produit.
Questions fréquentes
Quelles clauses vérifier dans un contrat d'achat de carburant ?
La spécification, la quantité et sa tolérance, la formule de prix, l'inspection, le transfert de propriété et de risque, les surestaries, le paiement, les délais de réclamation, la force majeure et le droit applicable.
Quel est le délai pour réclamer sur la qualité d'un carburant ?
Celui du contrat. Dans les conditions générales de BP de 2015, 45 jours après la fin du déchargement, par écrit et avec les preuves.
Quand le risque passe-t-il à l'acheteur ?
En FOB, CFR et CIF, au chargement à bord du navire ; chez BP, quand le produit franchit la bride de raccordement permanente du navire. En DAP, à destination.
Peut-on retenir un paiement en cas de litige sur la qualité ?
Pas dans les conditions générales de BP : le paiement se fait sans déduction ni compensation, et la réclamation se traite à part.
Ce que nous faisons
GRACECORP AMD GROUP fournit le gasoil, l'essence, le Jet A-1, le fioul CST 180 et le bitume, avec une spécification écrite au contrat, une inspection indépendante au chargement et un certificat d'analyse pour chaque lot. Le prix suit une cotation internationale plus une prime annoncée. Le paiement se fait par crédit documentaire ou à 50 % à la commande ; pour un enlèvement au dépôt en cash and carry, nous demandons un bon de commande et une preuve de fonds.
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À lire aussi : crédit documentaire, SBLC, cash and carry : comment payer et appel d'offres de fourniture de carburant : comment le rédiger.
Sources : BP Oil International, General Terms & Conditions for Sales and Purchases of Crude Oil and Petroleum Products, édition 2015, version 1.2 (sections 2.1 et 2.2 sur l'inspection, 3.1 sur le risque et la propriété en FOB, 7.1.4 sur les surestaries, 59.1 et 59.2.1 sur la qualité et les réclamations, 63.1 et 63.3 sur le paiement, 67 sur la prescription, 73 et 75.1 sur le tribunal et le droit applicable), copie publiée par Trafigura ; Trafigura, conditions générales fondées sur les conditions BP 2015 ; Chambre de commerce internationale, Incoterms 2020 ; Chambre de commerce internationale, Règles et usances uniformes relatives aux crédits documentaires, RUU 600 (articles 3 et 14) ; Contracts Finder, gouvernement du Royaume-Uni, accord-cadre de fourniture de carburant (élément de prix Platts sur la moyenne du mois précédant la livraison).
