Le 30 septembre 2025, la BCEAO a mis en service sa plateforme interopérable de paiement instantané. Depuis, une banque, un opérateur de mobile money et une institution de microfinance de l'UEMOA peuvent se transférer de l'argent en temps réel, jour et nuit, sept jours sur sept.
Le même jour, un camion en règle qui partait de Dakar pour Bamako a probablement perdu plusieurs heures à des contrôles, et son propriétaire attendait peut-être encore la réponse de sa banque pour un deuxième véhicule. L'argent va à la vitesse du numérique. Le camion va encore à la vitesse du papier.
Le paiement a fait sa révolution
Ce n'est pas une promesse, c'est déjà l'usage. La BCEAO recensait 248 millions de comptes de monnaie électronique dans l'UEMOA en 2024, en hausse de près de 19 % sur un an. La valeur des transactions a atteint 119 % du PIB de l'Union. C'est la monnaie électronique qui porte désormais l'essentiel de l'inclusion financière, dont le taux atteint 73,6 %.
Pour le transport, c'est un changement concret. Payer un transporteur, un chauffeur ou un fournisseur de gasoil ne demande plus de liquide, et chaque paiement laisse une trace. Nous acceptons d'ailleurs les frais de dossier par Orange Money et Wave pour cette raison.
Le crédit, lui, est resté un dossier papier
Les banques de l'Union prêtent plus qu'avant : 21 831 milliards de FCFA de crédits mis en place en 2024, en hausse de près de 10 %, selon la BCEAO. Le volume n'est donc pas le problème. La méthode, si.
Dans notre expérience, un crédit pour un camion se juge encore sur des garanties immobilières que la plupart des transporteurs ne possèdent pas, sur des bilans que personne ne tient quand tout se payait en liquide, et se décide en semaines. Nous avons détaillé ce que cela coûte dans notre article sur le financement d'un camion : ce n'est pas le taux qui ruine le transporteur, c'est le délai et les mois où le camion ne roule pas.
Le paradoxe est que la solution est déjà dans la poche du transporteur. Ses encaissements par mobile money, ses courses facturées, l'historique GPS de ses trajets racontent précisément ce qu'un banquier veut savoir : combien le camion rapporte, et à quelle régularité. Un crédit qui lirait ces traces plutôt que de réclamer un titre foncier se déciderait en jours.
Aux postes de contrôle, le temps se paie deux fois
L'Observatoire des pratiques anormales de l'UEMOA mesure depuis des années ce que perd un camion en règle sur les grands corridors. Ses derniers chiffres publiés, portant sur 2019, sont sévères pour les routes qui partent de Dakar.
Sur l'ensemble des corridors suivis, les prélèvements illicites atteignaient en moyenne 71 081 FCFA par voyage, contre 50 334 FCFA l'année précédente. Sur les corridors qui partent de Dakar, ils dépassaient 100 000 FCFA. En temps, Bamako Dakar par Moussala coûtait 154 minutes de contrôles par voyage, et par Diboli 147 minutes. Entre Abidjan et Bamako, on comptait près de 24 postes.
Le même rapport montre que ce n'est pas une fatalité. Sur Cotonou Niamey, la même année : moins de 10 000 FCFA, 17 minutes et moins de trois postes par voyage. Quand un pays décide de réduire les contrôles, les contrôles baissent.
Le problème est ancien. Fin 2012 déjà, l'Observatoire comptait sur Dakar Bamako 32 contrôles hors frontière contre 5 contrôles légaux à la frontière, et six heures de retard par voyage pour un camion dont tous les papiers étaient en ordre.
À la frontière et au guichet
La Banque mondiale mesure la performance logistique des pays tous les quelques années. Dans son indice de 2023, le Mali obtient 2,6 sur 5 et partage la 88e place sur 139 pays. Derrière la note, il y a des réalités que connaît tout chargeur : documents vérifiés plusieurs fois par des services différents, transit sous douane dont le dossier doit suivre le camion, et un seul document manquant qui suffit à immobiliser un chargement entier.
La plupart de ces blocages ne tiennent pas à l'état de la route. Ils tiennent au papier. Nous avons listé dans notre guide des documents à la frontière ceux qui arrêtent un camion le plus souvent, et dans notre article sur le TRIE comment fonctionne le transit entre pays de la CEDEAO.
Le temps perdu, ce sont des camions en moins
On parle de ces heures comme d'un désagrément. C'est en réalité une question de capacité. Un camion immobilisé six heures par voyage, c'est une demi-journée perdue à chaque aller et retour. Sur une flotte entière et sur une année, ce sont des rotations qui n'ont pas lieu, donc des camions qui manquent, dans un marché où ils manquent déjà.
Rendre du temps aux camions est la manière la moins chère d'augmenter l'offre de transport. Elle ne demande ni usine, ni crédit, ni nouvelle route : seulement des dossiers complets, des paiements tracés et des contrôles qui ne se répètent pas.
Ce que nous faisons
Chaque course que nous confions part avec un dossier vérifié avant le chargement : documents du véhicule et du chauffeur, lettre de voiture, pièces de transit. Les paiements passent par Orange Money, Wave, carte ou virement, et chaque camion affecté reçoit une clé de suivi. Pour le client, c'est de la visibilité. Pour le transporteur, c'est un historique qu'un banquier peut enfin lire.
À lire ensuite
Trop de fret, pas assez de camions pour notre retour de terrain, et livrer le Mali sous blocus pour la situation actuelle du corridor.
Sources : BCEAO, lancement de la plateforme interopérable du système de paiement instantané, 30 septembre 2025 ; BCEAO, rapport annuel sur les services financiers numériques dans l'UEMOA, 2024 (comptes, valeur des transactions, inclusion financière) ; BCEAO, rapport sur les conditions de banque dans l'UEMOA en 2024 (crédits mis en place) ; Observatoire des pratiques anormales de l'UEMOA, rapport 2019 présenté en juillet 2021, et 22e rapport portant sur le quatrième trimestre 2012 ; Banque mondiale, Logistics Performance Index 2023.
