En 2024, les centrales de Senelec ont brûlé 344 243 tonnes de fioul lourd, et la société en a acheté pour 397 milliards de FCFA, selon son rapport annuel. La même année au Mali, EDM n'a pas pu acheter assez de combustible pour ses centrales, faute de moyens financiers, et sa production est retombée au niveau de 2015.
Le fioul lourd est le carburant le moins visible d'Afrique de l'Ouest. C'est peut-être le plus stratégique : quand il manque, ce n'est pas une file à la station, c'est la lumière qui s'éteint, et avec elle les usines, les hôpitaux et les pompes à eau.
Passez à l'action
- Demander une offre de fioul lourd : qualité, quantité, lieu et date de livraison.
- Comprendre la formule « Platts plus prime » qui fixe le prix d'une cargaison.
Ce qu'est le fioul lourd
Le fioul lourd, ou HFO pour heavy fuel oil, est ce qui reste au fond de la colonne de distillation une fois extraits l'essence, le kérosène et le gasoil. Il est épais, lourd, souvent riche en soufre, et beaucoup moins cher que le gasoil. Les moteurs lents et semi-rapides des centrales thermiques, comme ceux des navires, sont conçus pour le brûler.
On le classe par sa viscosité, selon la norme internationale ISO 8217 des combustibles marins :
- HFO 180 : viscosité maximale de 180 mm²/s (ou centistokes) à 50 °C ;
- HFO 380 : viscosité maximale de 380 mm²/s à 50 °C, la qualité la plus courante dans les centrales.
Plus il est visqueux, plus il faut le chauffer : pour le stocker, pour le pomper, puis pour l'injecter. ExxonMobil recommande de le garder environ 10 °C au-dessus de son point d'écoulement, et ce sont les consignes du motoriste qui fixent la température d'injection. Un fioul lourd mal chauffé ne coule pas, et un moteur mal alimenté s'abîme.
Pour les navires, la teneur en soufre est plafonnée à 0,50 % dans le monde depuis le 1er janvier 2020, par l'Organisation maritime internationale. Les centrales à terre, elles, relèvent des règles de chaque pays.
Qui en brûle en Afrique de l'Ouest
Au Sénégal, les groupes diesel de Senelec ont consommé 344 218 tonnes de fioul lourd en 2024 ; le gasoil n'a représenté que 1 128 tonnes sur tout le réseau. S'y ajoutent les producteurs indépendants : la centrale de Tobène Power, 118 MW au fioul lourd, a produit 387 GWh en 2024 ; celle de Kounoune Power, 68 MW, a vu son contrat s'achever le 31 janvier 2024 après quinze ans, avec une prorogation d'un an.
Au Mali, la centrale d'Albatros Energy à Kayes, 90 MW au fioul lourd, n'a rien produit en 2024. Son contrat, résilié en octobre 2024, a été rétabli en avril 2025, avec l'engagement de l'exploitant d'assurer un approvisionnement stable en combustible.
Au Libéria, le gouvernement prépare une centrale de 100 MW au fioul lourd avec des partenaires privés, dont MNG Mining, présentée comme la solution d'urgence à la crise de l'électricité. Le ministre de l'Énergie y estimait le coût de production à 33 cents le kWh, contre 14 cents en 2022.
En Sierra Leone, l'autorité pétrolière suivait 8,1 semaines de stock national de fioul marin la semaine du 19 octobre 2026, et le prix réglementé du fioul était de 32,24 nouveaux leones le litre depuis le 24 septembre.
Ce que coûte le fioul lourd
Le prix d'une cargaison se construit comme celui du gasoil : une cotation internationale, une prime, le fret, puis le stockage chauffé et le transport jusqu'à la centrale.
La référence. Le 23 octobre 2026, le fioul lourd 380 se traitait autour de 697 dollars la tonne à Rotterdam selon Ship & Bunker, et de 884 dollars à Singapour selon Bunker Index. L'écart entre les deux marchés avait atteint un record de 95 dollars la tonne le 7 octobre, faute de produit venant du Moyen-Orient.
En francs CFA. Au taux de la BCE du 21 octobre, 697 dollars la tonne représentent environ 407 FCFA le kilo à Rotterdam, avant fret, stockage, transport, taxes et marge. Pour comparaison, le prix officiel du fuel oil 180 en Côte d'Ivoire était fixé à 546 FCFA le kilo pour octobre 2026, contre 508 en septembre.
La formule. Un contrat sérieux indexe le prix sur une cotation publiée, une moyenne de jours précis, plus une prime fixée à la signature, et inscrit au contrat le port de chargement et la qualité. Nous expliquons le mécanisme dans Platts plus prime.
Livrer une centrale : ce qui fait la différence
- La qualité, contrôlée à chaque lot. Viscosité, densité, soufre, eau, sédiments, point d'éclair, cendres : la norme ISO 8217 fixe les limites. Un lot hors spécification encrasse les moteurs et coûte plus cher en maintenance qu'il n'a fait économiser.
- La chaleur, de bout en bout. Cuves chauffées au port, citernes calorifugées sur la route, réchauffage et épuration sur le site avant l'injection.
- Le stock. Une centrale qui sert un réseau ne peut pas attendre le prochain navire. Le calcul des jours d'autonomie est le même que pour le gasoil : nous le détaillons dans stock de gasoil sur site : combien de jours tenir.
- Le paiement. Les compagnies d'électricité de la région portent souvent des impayés, et le cas d'EDM en 2024 montre qu'un combustible non payé est un combustible non livré. Le mode de paiement, crédit documentaire ou garantie, se règle avant le premier navire.
Ce qui vient : le gaz, mais pas demain matin
La région prépare la sortie du fioul lourd. Au Sénégal, la centrale du Cap des Biches, 366 MW, doit passer au gaz ; selon EmediaSN, le directeur général de Senelec confirmait le 21 septembre 2026 qu'elle tournait encore au gasoil. Au Libéria, une centrale à cycle combiné au gaz de 300 MW est prévue à Buchanan, pour environ 500 millions de dollars, mais c'est une centrale au fioul lourd qui doit arriver d'abord.
Le fioul lourd n'est donc pas le carburant du passé : c'est celui de la transition. Pendant plusieurs années encore, il fera tourner une grande partie des réseaux de la région, avec des prix tendus et des cargaisons disputées. Les producteurs qui sécuriseront leur approvisionnement maintenant, avec un prix indexé, un stock dimensionné et deux origines possibles, passeront la transition sans coupure. Les autres la subiront.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le HFO 380 ?
Un fioul lourd dont la viscosité ne dépasse pas 380 mm²/s à 50 °C, selon la norme ISO 8217. C'est la qualité la plus courante dans les centrales thermiques et sur les navires.
Quelle différence entre HFO 180 et HFO 380 ?
La viscosité : 180 mm²/s au maximum pour le premier, 380 pour le second. Le 380 est plus épais, moins cher, et demande plus de chauffage.
Quel est le prix du fioul lourd ?
Le 23 octobre 2026, environ 697 dollars la tonne à Rotterdam et 884 dollars à Singapour pour le 380. Il faut y ajouter la prime, le fret, le stockage chauffé et le transport. En Côte d'Ivoire, le fuel oil 180 était fixé à 546 FCFA le kilo en octobre 2026.
Comment livrer du fioul lourd à une centrale ?
Par navire jusqu'au port, dans des cuves chauffées, puis par citernes calorifugées jusqu'au site, où il est réchauffé et épuré avant d'être injecté.
Ce que nous faisons
GraceRoad fournit du fioul lourd par navire jusqu'à votre port, à partir de 2 000 tonnes, avec une inspection indépendante au chargement et un certificat d'analyse pour chaque lot. Le prix suit la cotation internationale du produit plus une prime annoncée, et le port de chargement est inscrit au contrat. Sur le dernier kilomètre, nous organisons le transport en citernes adaptées depuis nos propres dépôts ou ceux de nos partenaires à Dakar, Abidjan, Lomé ou Cotonou, selon la disponibilité.
Demander une offre sur WhatsApp ou voir comment nous livrons le carburant.
À lire aussi : raffineries d'Afrique de l'Ouest en 2026 et pénurie de carburant en Afrique : causes, coûts et solutions.
Sources : Senelec, rapport annuel 2024 (consommation de fioul lourd en 2023 et 2024, achats de combustibles, production de Tobène Power, fin du contrat de Kounoune Power) ; Senelec, présentation au FISUEL, performances à fin juin 2025 (puissances de Kounoune Power et de Tobène Power, alimentées au fioul lourd) ; EDM-SA, rapport annuel d'activités 2024, publié en janvier 2026 ; Africa Energy, fiche « Kayes Albatros Energy HFO » (90 MW) ; Maliweb et Bamada, 2025 (résiliation du 17 octobre 2024 et annulation du 18 avril 2025) ; Agence de presse africaine, 2025 (engagement d'Albatros sur le combustible) ; FrontPage Africa, 2026 (centrale de 100 MW au fioul lourd, partenaires dont MNG Mining, coût de 33 cents le kWh, centrale à gaz de 300 MW à Buchanan) ; National Petroleum Regulatory Authority de Sierra Leone, prix du 24 septembre 2026 et stocks de la semaine du 19 octobre 2026 ; norme ISO 8217 (qualités de combustibles résiduels) ; ExxonMobil, « Low viscosity fuel oil », note technique (marge au-dessus du point d'écoulement) ; Organisation maritime internationale, limite de 0,50 % de soufre depuis le 1er janvier 2020 ; Ship & Bunker, prix du 380 à Rotterdam, 23 octobre 2026 ; Bunker Index, prix du 380 à Singapour, 23 octobre 2026 ; OilPrice, repris par Yahoo Finance, octobre 2026 (écart record entre Singapour et Rotterdam) ; Banque centrale européenne, taux du 21 octobre 2026 ; Fraternité Matin, 30 septembre 2026 (prix du fuel oil 180 en Côte d'Ivoire) ; EmediaSN, 2026 (centrale du Cap des Biches).
