Demandez à un vendeur ce que coûte l'inspection d'une cargaison, il vous répondra « c'est SGS, c'est standard ». Demandez le tarif à la société d'inspection, elle vous enverra un devis. Entre les deux, aucun prix public : on ne trouve pas de barème commercial général sur les sites des grands noms du métier, SGS, Bureau Veritas, Intertek ou Cotecna.
Il existe pourtant des barèmes publics. Trois sociétés d'inspection ont vu leur grille 2019 pour les Amériques versée au dossier public d'une réglementation de l'agence américaine de l'environnement sur la qualité des carburants : Bureau Veritas (l'ancien Inspectorate, passé sous ce nom en octobre 2018), AmSpec et Camin Cargo Control. Ces grilles datent de 2019 et valent pour l'Amérique, pas pour Dakar ou Abidjan. Ce sont des prix catalogue, que les gros clients négocient. Mais elles montrent, noir sur blanc, comment une inspection se facture. Et cette mécanique est la même partout.
Ce que l'inspecteur fait pour ce prix
D'après ces barèmes, l'inspection de base d'un navire comprend :
- la mesure du produit dans les bacs à terre et dans les citernes du navire, avant et après l'opération, avec la température et l'eau ;
- le prélèvement des échantillons officiels, scellés et étiquetés ;
- le contrôle des citernes du navire avant chargement ;
- le calcul de la quantité et le rapport.
L'analyse en laboratoire n'est pas comprise. Elle se paie à part, essai par essai.
Carburant par navire : un prix à la tonne et un minimum
| Produit | Bureau Veritas | AmSpec | Camin Cargo Control |
|---|---|---|---|
| Essence, gasoil | 0,564 $ la tonne, minimum 5 444 $ | 0,62 $ la tonne longue, minimum 5 668 $ | 0,54 $ la tonne longue, minimum 5 100 $ |
| Pétrole brut | 0,269 $ la tonne, minimum 7 947 $ | 0,36 $ la tonne longue, minimum 6 510 $ | 0,26 $ la tonne longue, minimum 6 500 $ |
| Fuel lourd | 0,496 $ la tonne, minimum 5 444 $ | 0,53 $ la tonne longue, minimum 5 668 $ | 0,49 $ la tonne longue, minimum 5 100 $ |
| Kérosène, carburéacteur | 0,639 $ la tonne, minimum 5 444 $ | 0,62 $ la tonne longue, minimum 5 668 $ | 0,59 $ la tonne longue, minimum 5 200 $ |
| Gaz de pétrole liquéfié | 0,699 $ la tonne, minimum 5 444 $ | 0,67 $ la tonne longue, minimum 5 979 $ | 0,66 $ la tonne longue, minimum 5 200 $ |
Barèmes 2019 pour les Amériques. La tonne longue vaut 1 016 kg. Chez Camin, le tarif à la tonne métrique est inférieur de 2 %.
Trois sociétés concurrentes, trois grilles presque identiques. Un second produit sur le même navire ajoute un minimum de 3 373 dollars chez Bureau Veritas, 3 829 chez AmSpec, 3 060 chez Camin.
Faisons le calcul pour 30 000 tonnes de gasoil au tarif Bureau Veritas : 30 000 fois 0,564, soit 16 920 dollars, environ 9,8 millions de FCFA au cours du 2 octobre 2026. Ce jour-là, le gasoil cotait 1 342,50 dollars la tonne à Rotterdam : la cargaison valait un peu plus de 40 millions de dollars. L'inspection pèse donc environ 0,04 % de la marchandise.
Pour un petit lot, c'est le minimum qui joue. Sur 5 000 tonnes, le tarif à la tonne donnerait 2 820 dollars, mais la facture sera de 5 444 dollars, soit plus d'un dollar la tonne. À l'inverse, Camin plafonne sa facture à cinq fois le minimum.
Barges, camions, bacs
- Barge : minimum de 2 488 dollars chez Bureau Veritas pour du gasoil ou de l'essence, 2 343 chez AmSpec, 2 400 chez Camin.
- Camion-citerne ou wagon : 510 dollars par unité chez Bureau Veritas, avec un minimum de 1 578 dollars. Chez AmSpec, mesure et prélèvement coûtent de 315 à 441 dollars par unité.
- Transfert de bac à bac ou par pipeline : 2 125 dollars pour les deux premiers bacs chez Bureau Veritas, 790 par bac supplémentaire.
- Contrôle de propreté : 2 257 dollars par bac à terre, 963 dollars par citerne de navire avec un minimum de 2 574 dollars.
- Contrôle des soutes du navire : 2 428 dollars en même temps que la cargaison, 2 913 dollars seul.
Le laboratoire : l'autre moitié de la facture
Chaque essai a son prix. Chez Bureau Veritas, en 2019 :
| Essai sur un gasoil | Méthode | Prix |
|---|---|---|
| Masse volumique | ASTM D4052 | 211 $ |
| Distillation | ASTM D86 | 433 $ |
| Point d'éclair | ASTM D93 | 339 $ |
| Soufre, par rayons X | ASTM D4294 | 433 $ |
| Soufre, par fluorescence ultraviolette | ASTM D5453 | 662 $ |
| Viscosité | ASTM D445 | 461 $ |
| Point de trouble | ASTM D2500 | 323 $ |
| Eau, méthode Karl Fischer | ASTM D6304 | 476 $ |
| Corrosion à la lame de cuivre | ASTM D130 | 274 $ |
| Indice de cétane calculé | ASTM D4737 | 131 $ |
| Indice de cétane au moteur | ASTM D613 | 1 367 $ |
| Pouvoir lubrifiant | ASTM D6079 | 1 298 $ |
Pour une essence, chaque indice d'octane, recherche et moteur, coûte 749 dollars.
Camin vend aussi des analyses groupées. Son jeu de base pour un gasoil à basse teneur en soufre, une douzaine d'essais, est affiché à 3 675 dollars, environ 2,1 millions de FCFA. Les jeux exigés par les grands pipelines américains vont de 5 815 à 6 565 dollars. Pour l'essence, de 6 710 à 12 980 dollars. Un kérosène de base : 2 055 dollars. Un kérosène d'aviation aux exigences d'un grand pipeline : 8 610 dollars.
Une analyse complète coûte donc à peu près autant que le minimum d'une inspection de quantité. C'est ce que le vendeur oublie de dire quand il annonce « l'inspection, c'est 5 000 dollars ». Pour savoir quels essais demander, voyez notre article sur le gasoil à 50 ppm.
Les suppléments : là où la facture gonfle
Le tarif à la tonne est le chiffre qu'on vous donne. Voici ceux qu'on ne vous donne pas, tous tirés des mêmes barèmes.
- Le temps. Le forfait de Bureau Veritas couvre huit heures. Au delà, 291 dollars par heure et par inspecteur. AmSpec compte 385 dollars l'heure après douze heures sur un navire. La présence permanente d'un inspecteur coûte 5 100 dollars par jour chez AmSpec, 290 dollars l'heure chez Camin.
- L'attente. Quand le navire ou le terminal n'est pas prêt, l'attente est facturée au taux horaire : 291 dollars pour un inspecteur, 581 pour un superviseur chez Bureau Veritas.
- Les jours fériés. De 1 000 à 1 189 dollars de plus par inspecteur selon la société.
- Le transbordement en mer. De 1 866 à 2 688 dollars par jour et par personne en plus de l'inspection, selon que l'opération se fait à quai, en rade ou au large. La vedette est refacturée au coût majoré de 15 à 20 %.
- Les produits dangereux. Majoration de 55 % chez Bureau Veritas, de 50 % chez Camin.
- Les échantillons. Au delà de ceux prévus au forfait, de 45 à 264 dollars pièce. Les échantillons témoins sont gardés 30 jours chez Camin, 60 jours chez Bureau Veritas. Ensuite, 560 et 1 333 dollars par mois.
- Les scellés. 20 à 30 dollars pièce, avec un minimum de 240 à 400 dollars.
- L'expédition d'échantillons. De 504 à 1 959 dollars par envoi chez Bureau Veritas.
- Le déplacement. Là où la société n'a pas d'inspecteur résident, les kilomètres, le temps de trajet, l'hôtel et les repas s'ajoutent, au coût majoré de 15 à 18 %.
- Le laboratoire hors horaires. 340 dollars l'heure, quatre heures au minimum, la nuit et le week-end chez Bureau Veritas.
Le transbordement en mer et l'attente sont justement les deux situations les plus fréquentes sur nos côtes, comme nous l'expliquons dans cargaison de carburant : surestaries, pompage et frais cachés.
Céréales, riz, sucre, conteneurs
Pour les produits agricoles comme pour les minerais, le barème de Bureau Veritas tient en une ligne : tarifs sur demande. Camin publie les siens.
| Produit | Prix par tonne longue |
|---|---|
| Céréales | 0,35 $ |
| Graines oléagineuses | 0,59 $ |
| Huiles végétales | 0,80 $ |
| Riz ou sucre en vrac | 0,90 $ |
| Riz ou sucre en sacs | 1,12 $ |
| Engrais en sacs | 1,14 $ |
| Engrais solides en vrac | 1,20 $ |
Minimum par navire : 3 500 dollars. Pour 25 000 tonnes de riz en sacs, cela fait environ 27 500 dollars.
Pour les conteneurs, la surveillance de l'empotage ou du dépotage est à 200 dollars par conteneur, avec un minimum de 1 600 dollars par poste de huit heures. Dix conteneurs de noix de cajou ou de sésame surveillés à l'empotage : 2 000 dollars. Un jaugeage du navire par les tirants d'eau, pour connaître le poids chargé : 2 900 dollars pour deux passages en 48 heures. Une expertise de marchandise générale : 350 dollars l'heure le jour, 500 la nuit, 660 le dimanche.
Qui paie l'inspection ?
Dans le pétrole, moitié-moitié. Les conditions générales de BP pour les Amériques, édition 2020, le disent en une phrase : les parties désignent ensemble un inspecteur indépendant, et tous les frais liés à une mesure sont partagés à parts égales. Camin en tient compte dans sa grille : aucune partie n'est facturée moins de 25 % du total.
Dans les grains, chacun le sien. Les règles d'échantillonnage n° 124 de la Gafta, l'association du commerce des grains, prévoient que le vendeur et l'acheteur nomment chacun leur surintendant, choisi dans le registre agréé. Si l'une des parties n'est pas représentée, l'autre fait intervenir un surintendant à sa place, et les frais supplémentaires sont à la charge de la partie défaillante. Si les parties ne s'entendent pas sur le laboratoire, la Gafta en désigne un contre 150 livres sterling payées par chacune.
Dans tous les cas, ce qui compte est ce que dit votre contrat. S'il ne dit rien, vous découvrirez la règle le jour de la facture.
À ne pas confondre : les vérifications imposées par les États
Certains pays imposent leur propre contrôle, confié à ces mêmes sociétés. Ce n'est pas une inspection commerciale et le prix n'a rien à voir : c'est un pourcentage de la valeur.
Côte d'Ivoire. Depuis le 1er juillet 2019, les marchandises soumises au programme de vérification de la conformité doivent voyager avec un certificat. Le barème est public et identique chez SGS et Bureau Veritas : 0,45 % de la valeur FOB pour la voie A, 0,40 % pour la voie B, 0,30 % pour la voie C. Le minimum va de 167 450 à 197 000 FCFA, le maximum de 2 281 400 à 2 684 000 FCFA. C'est l'exportateur qui paie. Les essais, l'enregistrement (275 euros), les réinspections et le scellement des conteneurs sont en plus.
Mali. Pour le programme de vérification des importations, confié à BIVAC, filiale de Bureau Veritas, le portail officiel du commerce demande à l'importateur un chèque certifié de 0,75 % de la valeur de la marchandise.
Un fournisseur qui vous facture « l'inspection SGS » sans préciser laquelle peut parler de l'une ou de l'autre. Demandez-lui.
Ce que le certificat ne garantit pas
C'est le point le moins connu, et il est écrit dans les conditions générales de chaque société.
- SGS : la société « n'est ni un assureur ni un garant ». Sa responsabilité ne peut dépasser dix fois les honoraires payés pour la prestation en cause, ou 20 000 dollars, le plus faible des deux.
- Bureau Veritas (barème 2019) : dix fois le montant des honoraires. Le plafond peut être relevé sur demande faite avant la prestation, contre un supplément.
- Camin : dix fois les honoraires ou 10 000 dollars, le plus faible des deux.
- AmSpec : le montant payé par le client.
Reprenons notre navire de 30 000 tonnes. La cargaison vaut 40 millions de dollars. Si l'inspecteur se trompe, le plafond prévu par les conditions de SGS est au plus de 20 000 dollars, sauf faute intentionnelle ou négligence grave. Un certificat d'inspection est une preuve, pas une assurance.
Autre clause à connaître : quand l'analyse est faite par le laboratoire du terminal ou de la raffinerie et que l'inspecteur ne fait qu'y assister, Bureau Veritas et Camin écrivent qu'ils transmettent le résultat sans répondre de son exactitude.
Comment obtenir un devis clair
Demandez par écrit, pour la même opération, à deux ou trois sociétés :
- le prix à la tonne et le minimum ;
- ce que le forfait comprend : combien d'heures, combien de bacs, combien d'échantillons ;
- le taux horaire au delà, et le tarif de l'attente ;
- les majorations de nuit, de week-end et de jour férié ;
- les frais de déplacement si l'inspecteur ne réside pas au port ;
- la liste des essais, méthode par méthode, avec le prix de chacun ou du jeu complet ;
- qui fait l'analyse : leur laboratoire, ou celui du terminal sous leur regard ;
- la durée de garde des échantillons témoins ;
- le plafond de responsabilité, et le prix pour le relever.
Puis écrivez dans le contrat de vente le nom de l'inspecteur ou la liste dans laquelle il sera choisi, qui le paie, et où la quantité et la qualité font foi : au chargement ou à l'arrivée. Si vous payez par crédit documentaire, le certificat d'inspection fera partie des documents exigés par la banque, comme nous l'expliquons dans notre article sur les modes de paiement.
Notre lecture
Le flou ne vient pas du prix à la tonne. Il est connu de tous les professionnels, et il est dérisoire : quatre dix-millièmes de la valeur d'un navire de gasoil. Le flou vient de trois choses qu'on ne regarde pas : les suppléments, le laboratoire, et le plafond de responsabilité.
L'inspection est la ligne la moins chère d'une cargaison, et c'est celle sur laquelle on cherche à économiser. On accepte l'inspecteur du vendeur, on se contente du laboratoire du dépôt, on supprime les essais chers. C'est exactement ce qu'attend celui qui vend un carburant frelaté.
Nous pensons qu'un acheteur africain n'a aucune raison de subir ces tarifs. Il peut demander trois devis sur le même périmètre, exiger le détail, nommer son propre inspecteur quand l'enjeu le justifie, et assurer sa marchandise pour le reste. Aucune de ces démarches ne demande de capital. Elles demandent de poser les questions avant de signer.
Questions fréquentes
Combien coûte une inspection SGS ?
SGS ne publie pas de barème commercial : le prix se donne sur devis. Les barèmes publics de trois concurrents donnent l'ordre de grandeur pour un navire de carburant : de 0,53 à 0,61 dollar la tonne métrique, avec un minimum de 5 100 à 5 668 dollars, analyses en plus. Pour les programmes imposés par les États, SGS affiche ses frais : en Côte d'Ivoire, de 0,30 à 0,45 % de la valeur FOB.
Qui paie l'inspection, l'acheteur ou le vendeur ?
Celui que le contrat désigne. Dans le pétrole, l'usage est un inspecteur nommé en commun et des frais partagés à parts égales. Dans les grains, chaque partie nomme et paie son surintendant.
Combien coûte l'analyse d'un gasoil ?
Dans le barème 2019 de Bureau Veritas, de 131 à 1 367 dollars par essai. Un jeu de base d'une douzaine d'essais était affiché à 3 675 dollars chez Camin Cargo Control.
Quelle différence entre inspection commerciale et inspection avant expédition ?
L'inspection commerciale est demandée par l'acheteur et le vendeur pour constater la quantité et la qualité, et se paie à la tonne ou au forfait. L'inspection avant expédition, ou la vérification de conformité, est imposée par l'État du pays d'importation et se paie en pourcentage de la valeur.
Le certificat d'inspection garantit-il la marchandise ?
Non. Les sociétés d'inspection écrivent qu'elles ne sont ni assureur ni garant, et plafonnent leur responsabilité, en général à dix fois leurs honoraires. La garantie contre la perte s'achète auprès d'un assureur.
Ce que nous faisons
GraceRoad achète du carburant auprès de sociétés qui disposent de leurs propres dépôts en Côte d'Ivoire, au Bénin, au Togo et au Sénégal, et de négociants internationaux pour les navires complets. Pour une cargaison comme pour un lot de matières premières, nous préparons l'inspection avec vous avant de signer : quel inspecteur, quels essais, qui paie, où la quantité et la qualité font foi.
À lire aussi : cargaison de carburant : surestaries, pompage et frais cachés et sourcing en Afrique : trois cas types.
Sources : dossier public EPA-HQ-OAR-2018-0227 de l'agence américaine de protection de l'environnement (regulations.gov), qui contient trois barèmes 2019 pour les Amériques : Bureau Veritas Oil & Petrochemicals, « 2019 Schedule of Rates for the Americas », en vigueur au 1er janvier 2019, avec ses conditions générales (prix à la tonne, minimums, laboratoire, notes 3 à 26, articles 12, 13 et 22) ; AmSpec, « 2019 Price Schedule, The Americas », version 1.7 (prix à la tonne, heures supplémentaires, transbordement, limitation de responsabilité) ; Camin Cargo Control, « Scope of Services & Schedule of Rates 2019 » (pétrole, produits agricoles, conteneurs, analyses groupées, frais annexes, conditions générales) ; BP, « Global Oil Americas Marine Provisions », édition 2020, version 1.1, article 2.1.1 (frais de mesure partagés à parts égales) ; Gafta, « Sampling Rules No. 124 », édition 2025, articles 3.3, 4.2 et 10.2 ; SGS, « General Conditions of Service », articles 9.1, 9.3 et 9.4 ; Bureau Veritas, fiche du programme de vérification de la conformité de la Côte d'Ivoire, révision 11.2, et SGS, brochure du même programme, novembre 2022 (barème des voies A, B et C, frais non compris) ; Mali Trade Portal, procédure d'importation, consulté le 2 octobre 2026 (chèque certifié de 0,75 %) ; Avenergy Suisse, cotation du gasoil FOB Rotterdam du 2 octobre 2026, et Banque centrale européenne, cours de référence du dollar du même jour, pour les conversions.
