Un carburant frelaté est un carburant dont on a modifié la composition pour gagner de l'argent : coupé avec un produit moins cher, allongé d'eau, ou mélangé à un additif qui n'a rien à y faire. Il a l'apparence du vrai, se vend souvent un peu moins cher, et se paie plus tard, au garage.
Voici pourquoi on en trouve, les signes qui doivent alerter, et la procédure qui protège réellement un acheteur.
Ce qu'on trouve dans un carburant frelaté
Un produit moins cher ou moins taxé. Le principe est toujours le même : remplacer une partie du gasoil ou de l'essence par un liquide qui coûte moins, et vendre le tout au prix du produit pur.
De l'eau. Elle s'ajoute par fraude, mais aussi par négligence : cuves mal entretenues, condensation, citernes mal fermées. Au fond d'une cuve, elle favorise aussi le développement de micro-organismes qui bouchent les filtres.
Un composant hors norme. En février 2022, le Nigeria a dû retirer du marché de l'essence importée contenant du méthanol en quantité excessive. Des véhicules avaient été endommagés ; la NNPC a mis les cargaisons en quarantaine, intercepté les camions déjà partis des dépôts et contrôlé les stations, et deux navires chargés à Anvers ont été refoulés.
Le soufre. Un gasoil peut ne pas être frelaté et rester hors norme : trop soufré par rapport aux 50 ppm exigés par la CEDEAO. Nous l'avons expliqué dans notre article sur le gasoil 50 ppm.
Pourquoi on en trouve en Afrique de l'Ouest
Les écarts de prix. Entre deux produits, deux pays ou le marché officiel et le marché noir, chaque écart crée une tentation. Pendant les pénuries, comme au Mali en 2025 et 2026, le carburant de la route remplace celui des stations, sans aucun contrôle.
Les longues chaînes. Entre le dépôt et le site, un camion-citerne peut rouler plusieurs jours. Chaque arrêt est une occasion de prélever du produit et de compenser avec autre chose.
Les contrôles inégaux. Là où le régulateur contrôle, la fraude recule. Au Ghana, l'Autorité nationale du pétrole a introduit en 2013 un marquage chimique des produits au chargement dans les dépôts, puis un suivi des camions-citernes. Le taux d'échec des stations aux contrôles de qualité est passé de 32 % en 2013 à 2,51 % en août 2021.
Les signes qui doivent alerter
Avant l'achat :
- un prix nettement inférieur au marché, sans explication ;
- pas de certificat d'analyse, ou un certificat qui ne correspond pas au lot (date, numéro, dépôt) ;
- un fournisseur qui refuse un échantillon contradictoire.
À la livraison :
- un aspect trouble, ou de l'eau visible au fond d'un échantillon laissé au repos dans un récipient transparent ;
- une couleur ou une odeur inhabituelles par rapport aux livraisons précédentes ;
- des scellés de citerne absents, cassés ou dont les numéros ne correspondent pas au bon de chargement ;
- un volume livré qui ne correspond pas au volume chargé, une fois les deux ramenés à la même température.
Dans le moteur :
- des filtres qui se colmatent vite ;
- une perte de puissance, un ralenti instable, des fumées anormales ;
- des injecteurs qui s'usent prématurément.
À noter : la densité seule ne suffit pas à repérer un gasoil coupé, parce que certains produits plus légers ont des densités proches. Un point d'éclair anormalement bas, en revanche, est un signe fort de mélange avec un produit plus volatil. C'est pour cela qu'il faut une analyse de laboratoire, pas un simple coup d'œil.
La procédure qui protège
1. Un contrat qui fixe la spécification. Teneur en soufre, densité, point d'éclair, indice de cétane, teneur en eau : écrite noir sur blanc, avec la méthode d'analyse et le laboratoire de référence en cas de litige.
2. Un certificat d'analyse par lot. Il décrit le produit au départ du dépôt. Il doit porter le numéro de lot que vous retrouverez sur le bon de chargement.
3. Des scellés numérotés. Chaque compartiment de la citerne est scellé au chargement ; les numéros figurent sur le bon de livraison et sont vérifiés à l'arrivée, avant tout dépotage.
4. Un suivi du camion. Un camion suivi par GPS qui s'arrête deux heures dans un endroit non prévu doit déclencher une question.
5. Des échantillons contradictoires. À la livraison, trois échantillons scellés : un pour vous, un pour le fournisseur, un conservé pour un éventuel arbitrage.
6. Un jaugeage avant et après. La cuve est mesurée avant et après le dépotage, et le volume est ramené à 15 °C pour être comparé au volume chargé.
Notre lecture
Le carburant frelaté n'est pas une fatalité. Le Ghana l'a montré : quand on marque le produit, qu'on suit les camions et qu'on contrôle les stations, la fraude devient l'exception. Pour une entreprise, la même logique s'applique à petite échelle : un fournisseur sérieux ne craint ni le certificat, ni les scellés, ni l'échantillon contradictoire. Celui qui les refuse a déjà répondu à la question.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un carburant frelaté ?
Un carburant dont on a modifié la composition pour un gain frauduleux : coupé avec un produit moins cher, allongé d'eau ou mélangé à un composant hors norme, puis vendu comme un produit pur.
Comment savoir si mon gasoil est frelaté ?
Par une analyse de laboratoire comparée à la spécification du contrat. Les signes d'alerte sont un prix anormalement bas, l'absence de certificat, des scellés rompus, de l'eau au fond d'un échantillon, des filtres qui se colmatent ou une perte de puissance.
Quels dégâts un gasoil frelaté cause-t-il au moteur ?
Colmatage des filtres, usure ou panne des injecteurs, perte de puissance, fumées anormales. Sur les moteurs récents, il peut aussi endommager les systèmes de dépollution.
Comment se protéger quand on achète du carburant en gros ?
Avec une spécification écrite au contrat, un certificat d'analyse par lot, des scellés numérotés sur la citerne, un camion suivi, des échantillons contradictoires à la livraison et un jaugeage avant et après dépotage.
Ce que nous faisons
GraceRoad livre du carburant avec un certificat d'analyse pour chaque lot, des citernes scellées, des camions suivis par GPS, et organise à la demande un contrôle indépendant à la livraison. Indiquez-nous votre spécification et votre lieu de livraison.
À lire aussi : gasoil 50 ppm : définition et norme CEDEAO et essence kpayo au Bénin.
Sources : Arise News, 15 février 2022 (retrait de l'essence au méthanol par la NNPC, mesures prises) et février 2022 (navires refoulés) ; Ghana News Agency, août 2021 (taux d'échec de 32 % en 2013 et de 2,51 % en 2021, marquage des produits et suivi des camions-citernes par l'Autorité nationale du pétrole) ; Fuelbuddy, guide de contrôle de la qualité du gasoil (limites du test de densité, point d'éclair, eau) ; norme européenne EN 590 (paramètres du gasoil).
