Dans chaque pays d'Afrique de l'Ouest, une institution publique tient le robinet du carburant. Parfois elle importe tout elle-même. Parfois elle fixe seulement les prix et laisse importer les sociétés privées. Parfois l'État se contente de réguler un marché libre. Pour un fournisseur comme pour un gros consommateur, savoir qui décide dans quel pays évite des mois de démarches inutiles.
Voici les principales, avec ce qu'elles font réellement.
SONABHY, Burkina Faso : le monopole
La Société nationale burkinabè d'hydrocarbures est une société d'État au capital de 20 milliards de FCFA. La loi lui donne le monopole de l'importation et du stockage des hydrocarbures sur tout le territoire. Les distributeurs, eux, sont privés : ils achètent à la SONABHY et vendent dans leurs stations.
Sa chaîne tient en cinq étapes, qu'elle décrit elle-même : achat international par appel à la concurrence, transport confié à des transporteurs privés, stockage de transit dans les dépôts côtiers, stockage dans les dépôts de l'intérieur, livraison aux sociétés de distribution. Elle exploite notamment le dépôt de Péni, 104 000 mètres cubes, inauguré en janvier 2025 près de Bobo-Dioulasso, et s'appuie aussi sur les dépôts du Ghana, avec lequel elle a renouvelé un partenariat.
La SONABHY porte aussi le coût des subventions. En août 2026, le gouvernement a indiqué que le gasoil coûterait environ 1 050 FCFA le litre sans soutien public, contre 750 FCFA à la pompe, et que les subventions à ce seul produit avaient atteint près de 60 milliards de FCFA au premier semestre.
Pour un fournisseur : au Burkina, on ne vend pas du carburant « au marché ». On répond aux appels d'offres internationaux de la SONABHY, ou on travaille pour ceux qui les remportent, comme transporteur ou comme dépôt de transit.
SONIDEP, Niger : de l'importation à toute la chaîne
Créée en 1977 sous le nom de Société nigérienne des produits pétroliers, la SONIDEP a été rebaptisée Société nigérienne du pétrole en 2020, avec un mandat étendu à toute la chaîne pétrolière. Elle s'est longtemps limitée à l'importation, au stockage et à la commercialisation des produits. En juin 2024, elle a lancé ses premières opérations d'exploration et de production.
Le Niger a une particularité : il raffine son propre brut à Zinder et exporte l'excédent. La SONIDEP a longtemps eu l'exclusivité de ces exportations ; selon le régulateur nigérien de l'énergie, l'État en a désormais confié la moitié à la raffinerie SORAZ elle-même.
SONAP, Guinée : le prix et l'approvisionnement
La Société nationale des pétroles de Guinée, créée en 2021, a la main sur la structure des prix. Celle du 1er avril 2026 a maintenu le litre à 12 000 francs guinéens pour le public, mais fixé des prix différents par usage : 15 500 francs pour le secteur minier, 14 100 pour Électricité de Guinée, 16 400 pour les opérations exonérées. C'est une façon de faire payer davantage ceux qui peuvent payer, et de cibler la subvention.
C'est aussi la SONAP qui parle quand l'approvisionnement se tend. Le 3 mars 2026, alors que les files d'attente s'allongeaient à Conakry, elle assurait que les stocks et les cargaisons en route couvraient les besoins du pays, et appelait à ne pas céder à la panique.
OMAP, Mali : les prix et désormais le stock de sécurité
L'Office malien des produits pétroliers a été créé par la loi du 22 décembre 2022. C'est lui qui annonce les prix officiels, comme la hausse du 28 mars 2026 qui a porté le gasoil à 940 FCFA à Bamako. Au Mali, l'importation est faite par des sociétés privées agréées ; l'Office encadre.
Depuis avril 2026, il a une mission de plus : constituer le stock national de sécurité, 45 jours de consommation pour l'essence, le gasoil, le carburéacteur et le butane, dont il peut déléguer jusqu'à la moitié aux opérateurs privés. Nous avons détaillé ce dispositif dans notre article sur le stockage du carburant.
Sénégal et Côte d'Ivoire : des prix administrés, des opérateurs privés
Au Sénégal, l'importation et la distribution sont assurées par des sociétés privées agréées, et le stockage par SENSTOCK. La Commission de régulation du secteur de l'énergie publie la structure des prix, et les prix plafonds sont fixés par arrêté des ministres chargés de l'Énergie et du Commerce. Le coût des subventions est devenu un enjeu budgétaire majeur : en août 2026, les prévisions de subventions énergétiques sont passées de 250 à 729 milliards de FCFA.
En Côte d'Ivoire, le ministère des Mines, du Pétrole et de l'Énergie publie chaque mois les prix maxima, la SIR raffine et la GESTOCI stocke.
Ghana et Nigeria : des marchés libres, des régulateurs
Au Ghana, l'Autorité nationale du pétrole (NPA) régule le secteur et publie deux fois par mois des prix planchers ; les distributeurs fixent leurs prix au dessus. La société publique BOST exploite les dépôts et les oléoducs.
Au Nigeria, le marché de l'aval est libéralisé et régulé par la NMDPRA. La NNPC, société d'État devenue commerciale, a arrêté ses trois raffineries, et sa branche de distribution figure parmi les douze distributeurs qui achètent l'essence de la raffinerie Dangote.
Notre lecture
Il y a en Afrique de l'Ouest trois modèles : le monopole d'État (Burkina), l'État qui fixe les prix et laisse importer le privé (Mali, Guinée, Sénégal, Côte d'Ivoire), et le marché libre sous régulateur (Ghana, Nigeria). Aucun n'échappe à la même contrainte : quand le baril monte, quelqu'un paie la différence, l'État par la subvention ou le consommateur à la pompe.
Pour un fournisseur étranger, l'erreur la plus fréquente est de démarcher des distributeurs dans un pays où seule la société nationale importe. Pour un gros consommateur, c'est de croire que le prix officiel est celui qu'il paiera : en Guinée, une mine paie près de 30 % de plus qu'un automobiliste.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la SONABHY ?
La Société nationale burkinabè d'hydrocarbures, société d'État au capital de 20 milliards de FCFA, qui détient le monopole de l'importation et du stockage des hydrocarbures au Burkina Faso.
Comment vendre du carburant à la SONABHY ?
En répondant à ses appels d'offres internationaux : la SONABHY achète ses produits par appel à la concurrence, puis confie le transport à des opérateurs privés.
Qui fixe le prix du carburant au Mali ?
L'Office malien des produits pétroliers, créé par la loi du 22 décembre 2022. Depuis le 28 mars 2026, le gasoil est à 940 FCFA et l'essence à 875 FCFA à Bamako.
Qu'est-ce que la SONAP en Guinée ?
La Société nationale des pétroles, créée en 2021. Elle fixe la structure des prix des produits pétroliers et suit l'approvisionnement du pays.
Ce que nous faisons
GraceRoad achète et livre du carburant certifié par la Côte d'Ivoire, le Bénin, le Togo et le Sénégal, et transporte pour le compte de ceux qui approvisionnent les pays de l'intérieur. Notre veille des appels d'offres suit les consultations des sociétés nationales de la région. Si vous êtes fournisseur ou gros consommateur, dites-nous quel pays vous intéresse : nous vous indiquerons qui décide, et comment y accéder.
À lire aussi : dépôts pétroliers en Afrique de l'Ouest et prix du gasoil en Afrique de l'Ouest, pays par pays.
Sources : SONABHY, site officiel (statut, capital, monopole, chaîne d'approvisionnement) ; LSI Africa, 10 août 2026 (coût réel du gasoil et subventions au Burkina) ; Burkina 24, 24 janvier 2025 (dépôt de Péni) ; Energy Chamber, 14 avril 2025 (partenariat BOST et SONABHY) ; AFP via Connaissance des énergies, 23 juin 2024 (SONIDEP, premières opérations amont) ; Autorité de régulation du secteur de l'énergie du Niger (exportations de la SONIDEP et de la SORAZ) ; Soleil FM Guinée, avril 2026 (structure des prix de la SONAP) ; allAfrica, 3 mars 2026 (communiqué de la SONAP) ; Journal officiel du Mali (loi n° 2022-053 du 22 décembre 2022 ; ordonnance n° 2026-014 et décret n° 2026-0184 du 10 avril 2026) ; Bamada.net (prix du 28 mars 2026) ; Vie publique Sénégal (structure des prix publiée par la Commission de régulation du secteur de l'énergie) ; Le Soleil, août 2026 (prévisions de subventions énergétiques) ; KOACI, 31 août 2026 (prix maxima en Côte d'Ivoire) ; Citi Newsroom, septembre 2026 (prix planchers de la NPA) ; Nairametrics, 25 février 2026, et Freedom Online, 5 février 2026 (NNPC et Dangote).
