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Marché

Pourquoi il n'y a pas de Glencore ni de Cargill africain

2 octobre 2026 · 8 min de lecture

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Sacs de noix de cajou au port de Bandim, à Bissau, en Guinée-Bissau

Photo : Alvaro Ludgero Andrade/VOA Português · Public domain

Glencore est née en 1974 à Zoug, en Suisse, un pays qui n'a ni puits de pétrole, ni mine, ni port de mer. Aujourd'hui, selon les Académies suisses des sciences, un tiers du pétrole échangé dans le monde se négocie à Genève, et les deux tiers du commerce international des métaux de base et des céréales passent par des sociétés installées en Suisse.

Olam, l'un des géants mondiaux du négoce agricole, est née en 1989 au Nigeria. Elle a commencé par exporter de la noix de cajou nigériane vers l'Inde. Son siège est aujourd'hui à Singapour, elle est présente dans 65 pays, et elle n'est pas africaine : elle a été créée par un groupe familial d'origine indienne, présent de longue date au Nigeria.

Ces deux histoires disent l'essentiel. On peut bâtir un géant du négoce sans avoir une seule ressource chez soi. Et on peut en bâtir un depuis l'Afrique. La question n'est donc pas de savoir pourquoi le monde ne nous laisse pas faire. La question est de savoir pourquoi nous ne l'avons pas fait.

Ce qu'est vraiment un Glencore ou un Cargill

Ni une mine, ni un champ. Cargill a commencé en 1865 avec un entrepôt à grains au bord d'une voie ferrée de l'Iowa. Nestlé, en 1866, avec du lait concentré. Ce que ces entreprises possèdent d'abord, ce n'est pas la matière : c'est l'organisation autour de la matière.

Un grand négociant fait cinq choses. Il achète là où le produit est abondant. Il le transporte et le stocke. Il le finance pendant le voyage. Il prend le risque de prix. Et il livre, à la date dite, la qualité promise, à un client qui reviendra. Aucune de ces cinq choses ne demande d'avoir du minerai dans son sous-sol. Toutes demandent de la méthode, de la parole tenue et du temps.

Les chiffres qui devraient nous réveiller

La Côte d'Ivoire et le Ghana produisent à eux deux environ 60 % du cacao mondial. La part des planteurs dans la valeur d'une tablette de chocolat est, selon les estimations les plus citées, de l'ordre de 6 %.

En 2026, les douze cargaisons d'essence exportées par la raffinerie Dangote vers la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Togo et le Cameroun ont été enlevées par des négociants internationaux. Dès 2024, les données de suivi des navires montraient que Vitol, Trafigura et BP prenaient la grande majorité des chargements. Le carburant est raffiné en Afrique, consommé en Afrique, et c'est un intermédiaire de Genève ou de Londres qui gagne la marge entre les deux.

Le commerce entre pays africains ne représente que 14,4 % du commerce total du continent, selon Afreximbank, contre 60 % en Europe et plus de 40 % en Asie. Nous vendons au monde entier, et presque pas à nos voisins.

Les explications que nous refusons

On connaît les réponses habituelles : l'héritage colonial, des règles du jeu injustes, le manque de capital. Chacune contient une part de vrai. Aucune n'explique le présent.

Le capital existe. En mars 2026, Afreximbank a pris 2,5 milliards de dollars d'un prêt de 4 milliards à la raffinerie Dangote. En juin, huit banques ivoiriennes ont prêté 254 milliards de FCFA à la raffinerie d'Abidjan. Les banques africaines financent ce qui est structuré, garanti et porté par quelqu'un qui a déjà livré.

Les règles sont les mêmes pour tous. Olam a commencé à Lagos, avec les mêmes routes, les mêmes ports et les mêmes douanes que tout exportateur nigérian.

L'échelle est possible. Un groupe africain a construit la plus grande raffinerie du continent, 650 000 barils par jour, et en ouvre aujourd'hui le capital en bourse. Ce que Dangote a fait dans le ciment puis dans le raffinage, personne ne l'a encore fait dans le négoce.

Se dire victime est confortable : cela dispense d'agir. Ce n'est pas notre lecture.

Ce qui manque : l'initiative

Nous vendons au bord du champ. Le producteur africain vend le plus tôt possible, au prix du jour, et s'arrête là. Celui qui achète porte la marchandise jusqu'au client final et prend la marge. Vendre rendu, droits acquittés, chez le client, c'est plus de travail et plus de risque. C'est aussi là que se trouve la valeur.

Nous préférons la commission à la position. Le continent regorge d'intermédiaires qui « ont un mandat », « connaissent un vendeur », et attendent un pourcentage sans jamais acheter ni livrer. Un négociant achète, possède, transporte et répond de la marchandise. La commission ne construit pas une entreprise. La position, si.

Nous ne construisons pas ce qui est ennuyeux. Des entrepôts, des cuves, des camions suivis, un laboratoire, une comptabilité auditée. Ce sont ces choses sans gloire qu'une banque finance, parce qu'elles prouvent qu'on sait faire.

Nous ne tenons pas assez notre parole par écrit. Un contrat, une spécification, une date. La réputation est le seul capital d'un négociant, et elle se bâtit cargaison après cargaison. Un seul défaut la détruit.

Nous pensons pays, pas continent. Cinquante-quatre marchés, cinquante-quatre réglementations. Glencore a été mondiale dès le premier jour. Un négociant ouest-africain qui ne travaille que dans son pays reste petit par construction.

Nous attendons l'État. Une licence, une subvention, un monopole, un décret. Les États commencent à bouger, et c'est une bonne chose : le Bénin a interdit l'exportation de la noix de cajou brute, le Mali, la Côte d'Ivoire et le Togo ont restreint celle de l'amande de karité, la Côte d'Ivoire a transformé 600 000 tonnes de cajou en 2025. Mais un décret ne remplace pas un opérateur. Il faut quelqu'un pour acheter, transformer, financer et vendre.

Ce que l'initiative veut dire, concrètement

Elle commence petit. Un premier client, une première livraison tenue, puis une deuxième. Elle demande d'apprendre le métier dans ses détails les moins nobles : une position tarifaire, une clause de surestaries, un crédit documentaire transférable, un certificat d'analyse.

Elle demande de s'associer plutôt que de se méfier. Les grands négociants sont nés de petites équipes qui se faisaient confiance et partageaient le capital. Beaucoup d'entreprises africaines restent l'affaire d'un seul homme, et meurent avec lui.

Elle demande enfin d'accepter le temps long. Cargill a mis un siècle et demi à devenir Cargill. Mais Olam n'a mis que trente ans, en partant de Lagos.

Notre conviction

Il y aura un Glencore africain. Il ne viendra pas d'un sommet ni d'un plan gouvernemental. Il viendra d'un opérateur qui aura commencé par livrer correctement un camion, puis dix, puis un navire, et à qui ses clients et ses banques auront fini par faire confiance.

C'est le pari que nous faisons chez GraceRoad. Nous avons commencé par le transport, parce que c'est là que la confiance se gagne : une marchandise livrée à l'heure, suivie, documentée. Le négoce vient ensuite, livré jusque chez le client. Nous ne sommes pas un géant. Nous essayons simplement de faire, chaque jour, ce que nous reprochons aux autres de ne pas faire.

Questions fréquentes

Pourquoi les grands négociants de matières premières sont-ils en Suisse ?

Pas pour les ressources : la Suisse n'en a pas. Pour l'organisation : banques, droit des contrats, savoir-faire logistique et financier. Un tiers du pétrole échangé dans le monde se négocie à Genève.

Existe-t-il de grands négociants nés en Afrique ?

Oui. Olam, aujourd'hui basée à Singapour et présente dans 65 pays, a été créée en 1989 au Nigeria pour exporter de la noix de cajou. Elle a été fondée par un groupe familial d'origine indienne, pas par des capitaux africains.

Le manque de capital explique-t-il l'absence de champions africains ?

En partie seulement. Les banques africaines ont prêté des milliards de dollars à la raffinerie Dangote et à la raffinerie d'Abidjan. Elles financent les projets structurés portés par des opérateurs qui ont déjà fait leurs preuves.

Quelle part du commerce africain se fait entre pays africains ?

14,4 % en 2024 selon Afreximbank, contre 60 % en Europe et plus de 40 % en Asie.

Ce que nous faisons

GraceRoad transporte, achète et livre : marchandises, carburant, matières premières, en Afrique de l'Ouest, avec des camions suivis, des contrats écrits et une livraison jusque chez le client. Si vous cherchez un partenaire qui prend position plutôt qu'une commission, écrivez-nous.

À lire aussi : trading pétrole en Afrique : du grand négociant au revendeur et un marché énorme, et presque personne pour le servir correctement.


Sources : Académies suisses des sciences, fiche « La Suisse et le négoce des matières premières » (part de Genève dans le pétrole, part des sociétés suisses dans les métaux de base et les céréales) ; How We Made It In Africa, « Olam, from small Nigerian trading outfit to global commodities giant » (création en 1989 au Nigeria, cajou vers l'Inde, 65 pays, siège à Singapour) ; histoire officielle de Cargill (1865) et de Nestlé (1866), création de Glencore en 1974 sous le nom de Marc Rich + Co ; CNUCED (parts de la Côte d'Ivoire et du Ghana dans la production mondiale de cacao) ; Africanews et allAfrica, 23 mars 2026, et BusinessDay, 7 novembre 2024 (cargaisons de Dangote et acheteurs) ; Afreximbank, rapport sur le commerce africain 2025 (14,4 % de commerce intra-africain) ; Afreximbank, mars 2026 (prêt à la raffinerie Dangote) ; Sika Finance, 11 juin 2026 (prêt à la SIR) ; Alliance africaine du cajou (600 000 tonnes transformées en Côte d'Ivoire) ; Agence Ecofin, 2026 (restrictions à l'exportation du karité) ; Bénin Web TV (interdiction d'exporter la noix de cajou brute).

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