Le 27 juillet 2026, DP World a annoncé la fin des principaux travaux de dragage du port de Ndayane, à une cinquantaine de kilomètres de Dakar. Le calendrier prévoyait septembre 2027. Les dragues ont fini avec treize mois d'avance, dans un sol composé à plus de 95 % de roche, dont certaines couches dépassent 100 mégapascals de résistance, bien plus que le béton d'un bâtiment ordinaire.
Ce qui est creusé est désormais connu : un chenal de 5 kilomètres de long et 20 mètres de profondeur, un cercle d'évitage de 600 mètres de diamètre, une souille de 875 mètres le long du futur quai. Mi-septembre, le directeur Afrique du groupe, Mohammed Akoojee, a confirmé une livraison au troisième trimestre 2028. L'investissement annoncé est de 1,2 milliard de dollars, présenté comme le plus important investissement privé jamais réalisé au Sénégal.
Deux ans, c'est court pour qui signe aujourd'hui un bail d'entrepôt ou un contrat logistique de cinq ans.
Pourquoi un deuxième port à conteneurs
Le port de Dakar n'a pas démérité. DP World, qui y exploite le terminal à conteneurs depuis 2008, indique être passé de 265 000 EVP cette année-là à 850 000 EVP en 2025, et avoir ramené l'attente des navires de 35 heures à presque rien. La Banque mondiale classe Dakar premier port d'Afrique subsaharienne dans son indice de performance 2024.
Le problème de Dakar est ailleurs. Le port est coincé au bout d'une presqu'île, entouré par la ville, et ses quais n'accueillent pas les plus grands porte-conteneurs en service, qui calent entre 16 et 17 mètres. Chaque camion qui en sort pour Bamako ou Kaolack traverse une agglomération de plusieurs millions d'habitants avant de trouver la route.
Ndayane répond aux deux contraintes. Le chenal de 20 mètres permet l'escale des navires géants. Le site, de 1 200 hectares selon les annonces, se trouve au sud de Rufisque, à proximité de l'autoroute et de la zone de Diamniadio, loin du centre. La première phase prévoit 840 mètres de quai et deux postes à quai, pour une capacité annoncée de 1,2 million d'EVP par an, soit plus que ce que traite aujourd'hui le terminal de Dakar.
Trois ports, et non plus un
Ndayane n'arrive pas seul. À une vingtaine de kilomètres au sud de Dakar, le port minéralier et vraquier de Bargny-Sendou, porté par la société Sénégal Minergy Port, doit être livré à l'État d'ici fin 2026. Il est destiné aux vracs solides et liquides : minerais, phosphates, céréales, hydrocarbures.
D'ici trois ans, le Sénégal aura donc trois portes maritimes distinctes sur quelques dizaines de kilomètres de côte : Dakar, historique, Bargny-Sendou pour le vrac, Ndayane pour le conteneur. Pour un importateur, cela veut dire que le choix du port d'arrivée redevient une vraie décision, alors qu'il allait de soi depuis un siècle.
Ce qui change pour une marchandise
Moins de transbordements, si les armateurs suivent. Une partie des conteneurs à destination de Dakar arrive aujourd'hui après un transbordement dans un grand port de la région ou d'Europe du Sud. Un port capable de recevoir les plus grands navires rend possible l'escale directe depuis l'Asie. Possible, pas garanti : ce sont les compagnies maritimes qui dessinent leurs lignes, et elles le feront en fonction des volumes.
Une sortie par la route plus simple. Un camion chargé à Ndayane n'aura pas à traverser Dakar pour prendre la direction de Mbour, Kaolack et Tambacounda. Pour les marchandises destinées au Mali, c'est une demi-journée qui peut disparaître certains jours, et un aléa de moins dans le planning.
De la place autour du quai. Le projet associe au port une zone logistique et industrielle, près de l'aéroport Blaise Diagne. Les entrepôts, les parcs à camions et les ateliers qui manquent autour de Dakar pourront s'installer là où le terrain existe.
Ce qu'il ne faut pas croire
Un port neuf n'est pas performant le premier jour. Les systèmes informatiques, les procédures douanières, les habitudes des transitaires et les voies d'accès mettent des mois à se roder. Il faut prévoir cette période dans les délais, pas la découvrir.
Dakar ne ferme pas. La répartition des trafics entre Dakar et Ndayane n'a pas été rendue publique. Les deux ports coexisteront, et il faudra choisir au cas par cas.
Le corridor vers le Mali ne dépend pas du port. Ce qui ralentit une marchandise pour Bamako se trouve surtout après la côte : postes frontières, état des routes, sécurité. Nous l'avons détaillé dans notre article sur le corridor Dakar Bamako sous blocus. Un meilleur quai ne raccourcit pas une file d'attente à la frontière.
Ce qu'il faut décider maintenant
Les baux d'entrepôt. Un bail de dix ans près du port de Dakar signé en 2026 doit être pensé avec 2028 en tête. Si l'essentiel de vos conteneurs arrive un jour à Ndayane, un entrepôt à l'autre bout de l'agglomération devient un coût quotidien. Une clause de sortie ou un site entre Diamniadio et Mbour méritent d'être étudiés.
Les contrats logistiques. Un contrat qui désigne le port de Dakar comme seul point d'arrivée devra être renégocié. Mieux vaut prévoir dès maintenant que le port d'arrivée soit choisi au cas par cas, avec les deux tarifs.
Les investissements. Pour un investisseur, les deux prochaines années sont la fenêtre où le foncier logistique autour de Ndayane se décide. Parcs à camions, entrepôts sous douane, ateliers : ce sont des actifs dont la région manque déjà, et dont la demande sera créée par le port.
Ce que nous faisons
Nous suivons l'avancement du chantier et des procédures d'exploitation. Dès l'ouverture, nos devis compareront les deux ports d'arrivée sur le coût complet et le délai porte à porte, comme nous le faisons déjà entre Dakar et les autres portes de la région. Nos transporteurs partenaires chargeront là où votre marchandise arrive, et chaque camion restera suivi jusqu'à destination.
Si vous préparez une implantation ou un contrat logistique au Sénégal, parlons-en avant de signer : le calendrier de Ndayane change la réponse.
À lire aussi : par quel port faire entrer votre marchandise en Afrique de l'Ouest et le stock avancé en entrepôt sous douane.
Sources : DP World, communiqué du 27 juillet 2026 (fin du dragage avec treize mois d'avance, dimensions du chenal et du bassin, nature du sol, investissement de 1,2 milliard de dollars, trafic du terminal de Dakar de 2008 à 2025) ; déclarations de Mohammed Akoojee, directeur Afrique de DP World, rapportées par la presse sénégalaise en septembre 2026 (livraison au troisième trimestre 2028, site de 1 200 hectares) ; Seatrade Maritime (première phase de 840 mètres de quai et 1,2 million d'EVP) ; Banque mondiale et S&P Global, Container Port Performance Index 2024 ; allAfrica, 5 février 2026 (port de Bargny-Sendou, livraison fin 2026).
