La question revient à chaque dossier un peu sérieux : par où faire entrer la marchandise ? Elle est souvent tranchée par habitude, par la proximité d'un agent connu, ou par le prix du fret maritime affiché. Les trois critères sont mauvais.
Le bon critère tient en une phrase : le meilleur port est celui qui dessert votre destination finale avec le moins de jours perdus et le moins d'incertitude documentaire. Tout le reste en découle.
Ce que disent les classements
Le Container Port Performance Index, publié par la Banque mondiale avec S&P Global, mesure le temps qu'un navire passe au port rapporté au nombre de conteneurs traités. C'est une mesure de performance d'escale, pas de qualité de la place portuaire dans son ensemble, mais elle est comparable d'un port à l'autre.
Dans l'édition 2024, Dakar est le port le mieux classé d'Afrique subsaharienne, avec une progression spectaculaire par rapport à l'année précédente : le port est passé de la 371e à la 108e place mondiale. Cotonou a également fortement progressé et se place devant Lomé sur cet indice.
Sur les volumes, la hiérarchie est différente : Lomé a traité environ 2,06 millions de conteneurs EVP en 2024, Tema environ 2,2 millions en 2025, Abidjan de l'ordre de 1,7 million, tandis que Dakar a traité 881 289 conteneurs en 2024, en progression d'environ 4 % sur un an.
Volume et performance ne disent donc pas la même chose. Un très grand port peut être encombré ; un port moyen bien tenu peut vous faire gagner une semaine.
Les cinq critères qui décident vraiment
La distance à votre destination, en heures et non en kilomètres. Bamako est à environ 1 200 km de Dakar et à plus de 1 100 km d'Abidjan, mais ce sont les postes frontières, l'état des sections et les habitudes de contrôle qui font la différence de délai. Le kilomètre ne se compare pas, l'heure se compare.
Le régime de transit disponible. Un conteneur qui monte vers un pays enclavé voyage sous transit inter États. La fluidité de ce régime, la disponibilité des cautions et l'organisation des escortes varient d'un corridor à l'autre, et cela pèse plus lourd que dix dollars de fret maritime.
Le temps de séjour au port. C'est le poste qui coûte le plus cher quand il dérape, parce qu'il déclenche les surestaries de conteneur et le stationnement. Un dossier incomplet transforme trois jours en douze.
La densité de services maritimes. Un port desservi en direct depuis l'Asie ou l'Europe vous évite un transbordement, donc une semaine et un risque de perte de connexion.
Ce que vous ferez au retour. Si vous exportez aussi, choisir un port où votre marchandise trouve un navire et un camion au retour change l'équation complète.
Les cas les plus fréquents, et ce que nous conseillons
Destination Sénégal, Mauritanie, ouest du Mali : Dakar, sans hésiter. La performance d'escale s'est nettement améliorée, la connectivité maritime est bonne, et le corridor vers Bamako est celui que nous pratiquons le plus.
Destination Bamako depuis l'Asie, avec des volumes réguliers : comparer Dakar et Abidjan sur le coût complet, pas sur le fret. Abidjan offre des volumes et des services maritimes très denses ; Dakar offre une escale devenue efficace et un corridor plus court côté Sénégal.
Destination Burkina, Niger : Lomé et Cotonou sont les portes naturelles, et leur progression récente sur l'indice de performance n'est pas un détail. Tema reste une option sérieuse, surtout pour le Burkina.
Marchandise sensible au temps, périssable ou à forte valeur : privilégier le port où vous avez un dossier complet et un correspondant fiable, même s'il n'est pas le mieux classé. Le classement mesure les navires, pas votre dossier.
Les erreurs que nous voyons le plus souvent
Choisir sur le fret maritime seul. Cinquante dollars gagnés sur le conteneur peuvent coûter huit jours de plus et deux cents dollars de surestaries.
Oublier le poids réglementaire à l'essieu. Le port d'entrée détermine le corridor, et le corridor détermine la charge admissible. Un chargement pensé pour un axe et acheminé par un autre se paie en transbordement.
Changer de port sans changer d'agent. Un transitaire excellent à Dakar n'est pas forcément installé à Lomé. Le port se choisit avec la personne qui va y travailler.
Ne pas prévoir le retour à vide. Une destination sans fret retour renchérit le transport intérieur, quel que soit le port choisi.
Comment nous tranchons, dossier par dossier
Nous ne conseillons pas un port par principe. Nous calculons, pour votre marchandise et votre destination, le coût complet rendu et le délai complet porte à porte par deux ou trois portes d'entrée, en incluant le transit, le temps de séjour attendu, le transport intérieur et l'assurance.
Le résultat surprend souvent : le port le plus proche n'est pas toujours le plus rapide, et le fret le moins cher est rarement le moins coûteux.
Donnez-nous l'origine, la nature de la marchandise, le volume et la destination finale. Nous vous rendons la comparaison chiffrée, avec ce que nous savons des pratiques du moment sur chaque corridor.
Sources : Banque mondiale et S&P Global, Container Port Performance Index 2024 (classement de Dakar, progression, position de Cotonou par rapport à Lomé) ; données de trafic publiées par les autorités portuaires et la presse spécialisée pour Lomé, Tema, Abidjan et Dakar ; pratiques de transit inter États observées sur nos corridors.
