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Transporteurs

Le devis disait 4 millions, la facture en fait 5,5 : les frais qui s'ajoutent en route

17 septembre 2026 · 5 min de lecture

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Longue file de camions en attente au bord de la route, plusieurs jours d'arrêt

Photo : Joe Ross from Lansing, Michigan · CC BY-SA 2.0

Un importateur accepte un devis de 4 millions pour un camion vers Bamako. À l'arrivée, la facture en fait 5,5. Personne n'a menti. Le devis couvrait le trajet, et le trajet n'est qu'une partie de ce qui se passe entre le port et l'entrepôt.

Ces écarts sont la première source de disputes entre chargeurs et transporteurs. Ils se préviennent presque tous, à condition de savoir où ils naissent.

Les frais qui s'ajoutent le plus souvent

L'attente au chargement. Le camion est au port à 8 heures, la marchandise sort à 17 heures, ou le lendemain. Chaque journée d'immobilisation coûte au transporteur son équipage et l'amortissement de son véhicule, et il vous la refacture. C'est légitime, à condition d'avoir été prévu.

L'attente au déchargement. Même logique à l'arrivée : un entrepôt fermé, un destinataire absent, une équipe de manutention introuvable. Le camion attend, le compteur tourne.

L'attente en route. Une file de 15 kilomètres a été constatée au poste de Moussala le 13 août 2026. Un transporteur qui y perd trois jours cherchera à les faire payer. Ce risque doit être tranché dans le contrat, pas découvert sur la facture.

L'escorte et les frais de passage. Selon la marchandise et l'itinéraire, la douane ou les forces de sécurité imposent une escorte, facturée. Aux frontières et aux points de contrôle s'ajoutent des frais de passage, officiels ou non. La Banque mondiale estimait les paiements informels à 6 % des coûts variables sur la route de Bamako, jusqu'à 10 % selon les trajets.

Le magasinage et les frais portuaires. Une marchandise qui reste au port au-delà des jours de franchise paie un magasinage. Le transporteur n'y est pour rien, mais s'il en fait l'avance pour sortir la marchandise, il vous la refacture.

Le dépotage et le retour du conteneur. Vider un conteneur, charger la marchandise sur plateau, puis ramener le conteneur vide au dépôt de l'armateur : trois opérations qui ont chacune un prix. Et chaque jour de retard dans le retour du conteneur coûte des frais de détention à l'armateur.

Le détour. Quand la route habituelle est fermée ou trop risquée, le camion passe ailleurs. Vers le Mali, beaucoup de camions ont basculé en 2026 sur la branche sud par Kédougou et Moussala. Plus de kilomètres, plus de gasoil, plus de jours.

Le délestage. Un camion arrêté en surcharge doit décharger l'excédent sur un autre véhicule. Si le chargement a été fait à votre demande au-delà du poids légal, la facture du second camion vous revient. Nous l'avons détaillé dans notre article sur la surcharge des camions au Sénégal.

Comment les faire écrire avant le départ

Exiger la liste de ce qui est inclus, et de ce qui ne l'est pas. Un bon devis dit « comprend » et « ne comprend pas ». Un devis qui ne donne qu'un chiffre vous laisse découvrir le reste.

Fixer une franchise d'attente, puis un prix par jour. Par exemple, vingt-quatre heures d'attente comprises au chargement et au déchargement, puis un montant écrit par journée supplémentaire. Le transporteur sait ce qu'il touchera, vous savez ce que vous paierez, et chacun a intérêt à ne pas faire attendre l'autre.

Nommer l'itinéraire, et prévoir le cas où il change. Le devis indique la route prévue. Une clause dit comment le prix évolue si un détour est imposé, et qui doit le décider.

Dire qui paie l'escorte et les frais de port. Ce sont les deux postes les plus disputés, parce que chacun pense que l'autre les a inclus.

Exiger un justificatif pour chaque supplément. Un reçu de magasinage, un ticket de pesage, une attestation d'escorte. Un supplément sans pièce ne se paie pas.

Prévoir la tolérance sur le poids. Le devis est établi pour un tonnage. Si vous chargez plus, le prix change, et il faut savoir comment avant le chargement.

Les frais qu'il faut refuser

Certains frais n'ont pas lieu d'être. Une attente causée par le transporteur lui-même, un camion arrivé en retard ou en panne, ne se refacture pas. Un supplément annoncé en route, sans justificatif, pour « débloquer » une situation que personne ne sait expliquer, non plus. Et un transporteur qui menace de ne pas livrer tant qu'un supplément n'est pas payé se met en faute : la marchandise lui a été confiée, il en répond.

Ce que nous faisons

Nos devis détaillent ce qui est compris et ce qui ne l'est pas, avec une franchise d'attente écrite et un prix par jour au-delà. L'itinéraire prévu y figure, ainsi que la règle qui s'applique en cas de détour. Chaque supplément est justifié par une pièce. Et comme chaque camion est suivi, une attente se constate au lieu de se discuter.

Demandez-nous un devis détaillé : la différence avec un simple chiffre se voit à la réception de la facture.

À lire aussi : 4 à 7 millions pour aller à Bamako : où part l'argent et dépoter à Dakar ou envoyer le conteneur jusqu'à Bamako.


Sources : Agence de presse sénégalaise, 13 août 2026 (file de 15 kilomètres au poste de Moussala) ; Banque mondiale, Transport Prices and Costs in Africa, 2009 (part des paiements informels dans les coûts variables sur le corridor de Bamako) ; Conseil sénégalais des chargeurs, déclarations rapportées par la presse en août 2026 (report du fret sur la branche sud) ; Acte uniforme OHADA relatif aux contrats de transport de marchandises par route, 2003 (responsabilité du transporteur sur la marchandise confiée) ; Digital Container Shipping Association (définition des frais de détention).

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