Au 7 septembre 2026, selon le décompte tenu par le centre de droit commercial tralac, 50 des 54 signataires de l'accord sur la zone de libre-échange continentale africaine avaient déposé leur instrument de ratification. Quatre pays ne l'ont pas encore fait : le Bénin, la Libye, le Soudan et le Soudan du Sud. L'Érythrée n'a pas signé.
L'accord est entré en vigueur le 30 mai 2019. Les chefs d'État ont décidé de lancer les échanges le 1er janvier 2021. Et pourtant, un transitaire à Dakar, à Bamako ou à Abidjan vous le dira sans hésiter : la plupart des marchandises qui passent une frontière africaine paient les mêmes droits qu'avant.
Ce n'est pas une contradiction. C'est la distance entre un traité et un bureau de douane, et elle se mesure.
La promesse, telle qu'elle est écrite
L'accord prévoit de ramener à zéro les droits sur 90 % des lignes tarifaires en cinq ans, dix ans pour les pays les moins avancés. 7 % des lignes peuvent être classées sensibles et libéralisées en dix ans, treize pour les moins avancés. Les 3 % restants peuvent être exclus, à condition de ne pas dépasser 10 % de la valeur des échanges.
Le détail compte : ce sont des lignes tarifaires, pas des volumes. Un pays peut libéraliser 90 % de ses lignes en gardant des droits sur les quelques produits qui représentent l'essentiel de son commerce réel. Et selon tralac, les échanges n'ont en réalité pas commencé en 2021, faute de calendriers tarifaires et de règles d'origine finalisés.
Cinq raisons pour lesquelles vous payez encore
Votre marchandise n'est pas africaine au sens de la douane. Le tarif préférentiel ne s'applique qu'aux produits qui respectent les règles d'origine : entièrement obtenus dans le pays, ou suffisamment transformés pour changer de position tarifaire, selon des règles propres à chaque produit. Un article fabriqué en Asie et stocké à Casablanca ou à Dakar ne devient pas africain en traversant un entrepôt. Au printemps 2025, tralac signalait encore que les règles d'origine de certains vêtements et textiles, chapitres 60 à 62, et des véhicules, chapitre 87, restaient en négociation.
Un des deux pays n'applique pas encore. Déposer une offre tarifaire ne suffit pas. Il faut que l'offre soit adoptée, publiée au journal officiel, intégrée au tarif des douanes, et que les procédures de certificat soient en place. Le pays importateur comme le pays exportateur doivent être prêts, et ce n'est pas toujours le cas des deux côtés à la fois.
Le certificat d'origine manque, ou il est mal rempli. Sans le certificat ZLECAf délivré par l'autorité compétente du pays d'exportation, le douanier applique le tarif général. Un certificat présenté après l'arrivée, ou rempli avec un code douanier qui ne correspond pas à la facture, produit le même résultat.
Vous êtes déjà dans une zone qui fait mieux. C'est le cas le plus fréquent en Afrique de l'Ouest, et le moins connu. L'UEMOA est une union douanière avec un tarif extérieur commun depuis 2000 : les produits originaires y circulent déjà en franchise. La CEDEAO applique son propre schéma de libéralisation des échanges. Pendant la phase pilote de la ZLECAf, les pays d'une même communauté régionale ont d'ailleurs continué à commercer sous leur régime régional, et non sous la ZLECAf. Entre Dakar et Bamako, la zone continentale n'ajoute donc rien.
Les droits de douane ne sont qu'une ligne de la facture. La ZLECAf supprime des droits de douane. Elle ne supprime ni la TVA, 18 % au Sénégal comme au Mali, ni la redevance statistique, ni les prélèvements communautaires, ni les frais de port, de transit et d'escorte. Elle ne supprime pas non plus les contrôles routiers, dont nous avons décrit le coût dans notre article sur le transit inter-États.
Le cas particulier du Mali, du Burkina et du Niger
Ces trois pays ont quitté la CEDEAO le 29 janvier 2025. Ils restent membres de l'UEMOA. Le jour même, la Commission de la CEDEAO a demandé à ses États de continuer à traiter les marchandises venant de ces pays selon son schéma de libéralisation, jusqu'à nouvel ordre. De leur côté, les trois pays ont instauré en mars 2025 un prélèvement confédéral de 0,5 % sur les importations, dont les produits de l'UEMOA sont exemptés selon les annonces officielles.
Pour un chargeur, la conséquence est simple : entre le Sénégal et le Mali, c'est le régime de l'UEMOA qui s'applique aux produits originaires. La ZLECAf servira surtout de filet si les régimes régionaux venaient à se fermer.
Où la ZLECAf compte vraiment
Elle compte là où aucun accord régional n'existe : entre l'Afrique de l'Ouest et le Maroc, l'Égypte, la Tunisie, le Cameroun, le Kenya ou l'Afrique du Sud. Un produit marocain vendu au Sénégal, un produit sénégalais vendu au Kenya, un produit égyptien vendu en Côte d'Ivoire : c'est là que le tarif préférentiel continental peut faire une vraie différence, une fois appliqué des deux côtés.
Elle compte aussi comme direction. La Commission économique des Nations unies pour l'Afrique estime que les flux créés par la zone exigeront deux millions de camions supplémentaires d'ici 2030, comme nous l'avons détaillé dans notre article sur le déficit de camions. Le droit de douane baisse lentement. Le besoin de transport, lui, se construit dès maintenant.
Comment savoir, pour un envoi donné
Trouver le code douanier à six chiffres du produit, celui du système harmonisé. Tout part de là.
Consulter l'e-Tariff Book de la ZLECAf. Lancé par le Secrétariat en juin 2022 avec l'Organisation mondiale des douanes et l'Union européenne, cet outil en ligne indique le taux appliqué par chaque pays et, depuis fin 2024, la règle d'origine propre à chaque produit.
Vérifier que la production respecte la règle. Il faut pouvoir le prouver : factures des intrants, description du procédé, lieu de fabrication. Un fournisseur qui ne peut pas le documenter ne vous vendra pas un produit préférentiel.
Obtenir le certificat avant l'expédition, jamais après.
Demander au transitaire de destination si la douane l'applique en pratique. La première opération sous un nouveau régime, à un poste frontière donné, réserve souvent des surprises.
Comparer avec le régime régional. Si l'UEMOA ou la CEDEAO donnent mieux, c'est leur certificat qu'il faut.
Ce que nous faisons
Pour chaque dossier qui passe une frontière, nous vérifions le régime préférentiel applicable et les documents d'origine avant l'expédition. Nous ne promettons pas une franchise de droits sans l'avoir vérifiée auprès de la douane concernée, parce qu'un droit oublié se découvre toujours au pire moment : camion arrêté, marchandise en attente, client au téléphone.
Si vous préparez un premier envoi vers un pays africain hors de votre zone régionale, envoyez-nous le produit, son code douanier et la destination. Nous vous dirons ce que vous paierez réellement.
À lire aussi : Incoterms 2020 : le guide complet et acheter des produits en Afrique pour l'export.
Sources : tralac, état des ratifications de l'accord ZLECAf, mise à jour du 7 septembre 2026 ; tralac, questions fréquentes sur la ZLECAf, mise à jour de mai 2025 (modalités de libéralisation, règles d'origine en suspens, initiative de commerce guidé, démarrage des échanges) ; Commission de la CEDEAO, communiqué du 29 janvier 2025 (mesures transitoires après le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger) ; annonces de l'Alliance des États du Sahel, mars 2025, rapportées par la presse régionale (prélèvement confédéral de 0,5 %) ; Organisation mondiale des douanes, décembre 2024 (mise à jour de l'e-Tariff Book) ; Commission économique des Nations unies pour l'Afrique (besoins en camions liés à la ZLECAf).
