Au Sénégal et au Mali, la saison des pluies, l'hivernage, s'étend pour l'essentiel de juin à octobre, avec des pluies les plus fortes en août et en septembre. Pour le transport, c'est la saison où une route qui fonctionnait en mai peut se couper en une nuit.
Ce n'est pas une surprise, puisque cela revient chaque année. C'est pourtant la saison où l'on voit le plus de marchandises en retard et de devis qui ne tiennent plus.
Ce que la pluie fait aux routes
Les points faibles connus se rompent. Sur la route de Bamako à Kayes, près de 600 kilomètres, les usagers signalaient en mai 2025 un point critique au village de Tassara, capable selon eux de couper complètement la route à la saison des pluies et de bloquer des centaines de camions, de bus et de véhicules.
Les pistes deviennent des bourbiers. En 2026, une grande partie du fret vers le Mali a basculé sur la branche sud, par Tambacounda, Kédougou, Saraya et le poste de Moussala. Or, selon la mission conjointe du 13 août 2026, une dizaine de kilomètres n'y sont pas bitumés, et le poste ne dispose presque d'aucune aire de stationnement. Une piste de latérite chargée de camions lourds, sous la pluie, se transforme en ornières.
Les zones basses s'isolent. Dans le département de Saraya, la crue du fleuve Gambie coupe certains tronçons, et une portion de 21 kilomètres entre Missirah Sirimana et Kondokho a déjà été rendue impraticable, deux poids lourds en panne suffisant à bloquer toute la circulation.
Ce que cela change pour une marchandise
Le délai s'allonge. La vitesse moyenne baisse, les camions attendent qu'un passage se libère, un pont provisoire ne supporte plus les charges lourdes. Un voyage de dix jours en prend quinze.
Le prix monte. Un transporteur qui sait que son camion fera moins de voyages dans le mois intègre cette perte dans son prix. Les pannes et les pneus coûtent davantage sur une route dégradée. Et les camions qui acceptent de partir sont moins nombreux.
La marchandise souffre. L'eau passe sous une bâche mal fixée, remonte par le plancher d'une remorque, s'infiltre dans un carton posé à même le sol. Riz, farine, ciment, engrais, cartons de produits finis : une marchandise mouillée est souvent une marchandise perdue.
Le camion peut s'immobiliser des jours. Et chaque jour d'immobilisation, quelqu'un le paie.
Comment préparer ses envois
Constituer son stock avant juillet. Pour une marchandise dont vous connaissez les besoins, le plus sûr est de la faire monter avant les fortes pluies. Un stock à destination coûte moins cher qu'une rupture en septembre. Nous avons décrit la méthode dans notre article sur le stock avancé en entrepôt sous douane.
Protéger la marchandise contre l'eau. Palettes pour tout ce qui craint l'humidité, bâche double et bien sanglée, film plastique sur les cartons. C'est le poste le moins cher et celui qui évite le plus de sinistres.
Choisir l'itinéraire avec l'information de la semaine. Nord ou sud, bitume plus long ou piste plus courte : la décision se prend avec les transporteurs qui roulent sur l'axe, pas sur une carte.
Prévoir une marge de délai dans le contrat. Un contrat qui fixe une date de livraison en septembre sans tenir compte de la saison se transforme en litige. Mieux vaut une date réaliste et une clause qui dit ce qui se passe en cas de route coupée.
Vérifier l'assurance. Les dommages dus à l'eau sont-ils couverts ? La police couvre-t-elle un camion immobilisé plusieurs jours ? Ces questions se posent avant la saison, pas après le sinistre.
Suivre le camion. Savoir où un camion est arrêté, et depuis quand, permet de réagir : décharger dans un entrepôt voisin, envoyer un second véhicule, prévenir le destinataire.
Et après la saison des pluies
En fin d'année, les routes sèchent, mais la demande de camions remonte avec les récoltes et les campagnes de commercialisation agricole. Les camions se font rares pour une autre raison. Le bon moment pour négocier un volume n'est donc pas forcément octobre : c'est souvent mai, avant les deux saisons tendues.
Ce que nous faisons
Pendant l'hivernage, nous vérifions l'itinéraire avec nos transporteurs partenaires avant chaque départ, nous demandons un chargement palettisé et bâché pour les marchandises sensibles à l'eau, et nous vous donnons un délai qui tient compte de la saison plutôt qu'un délai qui fait plaisir. Chaque camion est suivi.
À lire aussi : pourquoi votre marchandise arrive en retard et 4 à 7 millions pour aller à Bamako : où part l'argent.
Sources : Le Soir de Bamako, 22 mai 2025 (état de la route Bamako Kayes, point critique de Tassara) ; Agence de presse sénégalaise, 13 août 2026 (mission conjointe à Moussala, dizaine de kilomètres non bitumés, absence d'aires de stationnement) ; Agence de presse sénégalaise (département de Saraya, tronçon coupé entre Missirah Sirimana et Kondokho, crue du fleuve Gambie) ; Pressafrik (isolement hivernal du département de Saraya) ; Conseil sénégalais des chargeurs (report du fret sur la branche sud).
