En février 2026, le bitume valait 382 dollars la tonne. En mars, il dépassait 607 dollars, selon les données de l'agence de prix Argus. Entre les deux, la guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran, commencée en février, avait fermé le détroit d'Ormuz, par où passe environ 20 % du pétrole mondial, et le Brent avait dépassé 127 dollars le baril à la fin du mois.
Pour une entreprise de travaux publics, c'est un choc : le bitume est l'un des premiers postes d'un chantier routier. Voici d'où vient ce prix, ce qui s'y ajoute jusqu'au chantier, et où l'on peut acheter du bitume en Afrique de l'Ouest.
Pourquoi le bitume a flambé en 2026
Le bitume est ce qui reste au fond de la raffinerie quand on a tiré l'essence, le gasoil et le kérosène d'un pétrole lourd. Il dépend donc de deux choses : le prix du brut, et la disponibilité des pétroles lourds dont on le tire.
La crise d'Ormuz a touché les deux. Le Brent a bondi, et Argus relève des raffineries européennes sous tension, avec des rendements en bitume plus faibles. La tension touche à la fois l'Europe et l'Afrique, dont les importations de bitume étaient prévues à 2,7 millions de tonnes en 2026. La semaine du 2 octobre, le Brent daté valait encore en moyenne 123,52 dollars le baril.
Ce qui fait le prix rendu chantier
Le prix coté n'est qu'un point de départ. Jusqu'au chantier s'ajoutent :
- le conditionnement : en vrac dans un navire chauffé, en conteneurs chauffants, en fûts métalliques ou en sacs. Le vrac est le moins cher à la tonne, mais il exige un dépôt chauffé à l'arrivée ; les fûts coûtent plus cher, mais se stockent et se transportent partout ;
- le fret maritime jusqu'au port d'importation ;
- les frais de port et les droits du pays d'importation ;
- le transport terrestre : citernes calorifugées pour le vrac, camions ordinaires pour les fûts ;
- le réchauffage et le stockage sur le chantier ;
- les pertes : bitume resté dans les fûts, fuites, produit refroidi.
Pour un pays enclavé comme le Mali, le Burkina Faso ou le Niger, le transport terrestre peut peser autant que le fret maritime.
Le seul producteur d'Afrique de l'Ouest : Abidjan
La Société multinationale de bitumes (SMB), à Abidjan, est la seule raffinerie de bitume d'Afrique de l'Ouest. Elle traite environ 10 500 barils de pétrole lourd par jour, venus d'Amérique latine, et produit jusqu'à 300 000 tonnes de bitume par an. Elle approvisionne la Côte d'Ivoire, le Mali, le Burkina Faso et le Niger, et exporte vers le Nigeria, premier marché de la région, et le Ghana.
Quelques chiffres récents :
- en 2025, un bénéfice net de 13,1 milliards de francs CFA, en hausse de 50 %, pour un chiffre d'affaires de 206,7 milliards ;
- au premier trimestre 2026, un arrêt de maintenance quinquennal en février et mars : les ventes de bitume sont tombées à 45 400 tonnes, contre 69 800 un an plus tôt ;
- en août 2026, un projet sur quatre ans pour porter la capacité à 400 000 tonnes par an et agrandir le stockage.
Pour les chantiers de la région, c'est un atout : un bitume produit à quelques centaines ou milliers de kilomètres, sans dépendre du détroit d'Ormuz. Mais quand la raffinerie est à l'arrêt ou que la demande dépasse sa production, il faut importer.
Le bon grade
Le grade est fixé par le cahier des charges du marché de travaux, pas par le fournisseur :
- les bitumes purs, classés par pénétrabilité selon la norme européenne EN 12591 : 35/50, 50/70, 70/100 ; plus le chiffre est bas, plus le bitume est dur ;
- les émulsions, mélanges de bitume et d'eau, pour les couches d'accrochage et les enduits superficiels ;
- les bitumes fluidifiés, dits cut-back, pour les imprégnations.
Chaque livraison doit être accompagnée d'un certificat d'analyse conforme au grade commandé.
Notre lecture
La crise de 2026 a rappelé que le bitume de l'Afrique de l'Ouest dépend largement de marchés lointains. L'existence d'une raffinerie à Abidjan est un avantage que beaucoup de régions n'ont pas, et son agrandissement va dans le bon sens. Pour un entrepreneur, la leçon est simple : sécuriser son bitume avant de signer un marché à prix ferme, et prévoir une clause de révision liée au prix du bitume quand le marché le permet.
Questions fréquentes
Quel est le prix du bitume à la tonne en 2026 ?
Selon Argus, il est passé de 382 dollars la tonne en février 2026 à plus de 607 dollars en mars, avec la fermeture du détroit d'Ormuz. Le prix rendu chantier est plus élevé : conditionnement, fret, droits et transport s'y ajoutent.
Qui produit du bitume en Afrique de l'Ouest ?
La Société multinationale de bitumes, à Abidjan, seule raffinerie de bitume de la région, avec une capacité de 300 000 tonnes par an.
Que veut dire bitume 50/70 ?
C'est un bitume pur dont la pénétrabilité, mesurée selon la norme, est comprise entre 50 et 70 dixièmes de millimètre. Plus le chiffre est bas, plus le bitume est dur.
Vaut-il mieux acheter le bitume en vrac ou en fûts ?
Le vrac coûte moins cher à la tonne mais exige un dépôt chauffé et des citernes calorifugées. Les fûts coûtent plus cher mais s'adaptent aux petits chantiers et aux sites isolés.
Pourquoi le prix du bitume a-t-il augmenté en 2026 ?
Parce que la fermeture du détroit d'Ormuz a fait monter le brut et tendu l'offre des raffineries, en Europe comme en Afrique.
Ce que nous faisons
GraceRoad chiffre le bitume rendu chantier en Afrique de l'Ouest, en vrac ou en fûts, selon le grade de votre cahier des charges, avec certificat d'analyse et transport jusqu'au site. Indiquez-nous le grade, la quantité, le lieu et le calendrier du chantier.
À lire aussi : transport hors gabarit en Afrique de l'Ouest et raffineries d'Afrique de l'Ouest : SAR, SIR, Dangote.
Sources : Argus, podcast « Strait of Hormuz Impact on Bitumen Markets », 8 mai 2026 (prix de février et mars, importations africaines) ; Argus, 26 août 2026, sur le projet d'agrandissement de la SMB ; Daba Finance, sur les résultats 2025 et du premier trimestre 2026 de la SMB et sur la crise d'Ormuz ; IATA, indice des carburants de la semaine se terminant le 2 octobre 2026, pour le Brent daté ; norme européenne EN 12591, bitumes routiers.
