La scène se répète chaque semaine au port de Dakar. Un commerçant de Bamako, de Kaolack ou de Touba a fait venir 5 tonnes de marchandise : deux cents cartons, quelques palettes, une machine. La marchandise est là. Personne ne veut la prendre.
Les gros porteurs cherchent 30 ou 40 tonnes. Les petits camions ne font pas la longue distance. Et quand le commerçant trouve un gros porteur qui part à moitié vide, le transporteur refuse quand même : « non, à la douane il y aura trop de tracasseries ».
Le transporteur n'a pas tort. Mais le problème qu'il décrit se règle, et il se règle au départ.
Pourquoi le gros porteur refuse, même avec de la place
Un camion, un document. Une marchandise qui quitte Dakar pour le Mali voyage sous le régime du transit routier inter-États, créé par la convention de la CEDEAO du 29 mai 1982. Son principe est simple : la marchandise traverse le Sénégal en suspension de droits, sous un document douanier unique et avec une caution. Tout le chargement du camion est lié à ce transit. Si l'un des lots a une facture qui ne correspond pas, un poids faux ou un certificat manquant, c'est le camion entier qui attend au bureau de douane. Le transporteur paie l'attente pour un client qui ne lui rapporte que 5 tonnes.
Plusieurs clients, plusieurs litiges possibles. Au-delà de la douane, chaque lot supplémentaire, c'est un destinataire de plus à Bamako, un comptage de plus à la livraison, une réclamation possible de plus. Le transporteur est responsable de toute la marchandise dès le chargement.
Plusieurs paiements à courir après. Encaisser un client qui paie le camion entier est simple. Encaisser six petits clients, dont un qui disparaît, l'est beaucoup moins.
Du point de vue du transporteur, la place vide est un manque à gagner. Le petit lot mal préparé est un risque. Il choisit le manque à gagner.
Pourquoi les petits camions ne sont pas là
Sur 1 353 kilomètres, un camion de 10 tonnes a presque les mêmes coûts fixes qu'un gros porteur : un chauffeur, un apprenti, les mêmes jours de route, les mêmes attentes. Il transporte quatre fois moins. Sur un corridor aussi long, il ne gagne pas sa vie, et c'est pour cela qu'on ne le trouve pas. Le petit importateur n'est pas négligé par méchanceté. Il est coincé entre deux modèles économiques qui ne sont pas faits pour lui.
Ce qui se règle à la source
La solution n'est pas de convaincre un transporteur de prendre le risque. C'est de supprimer le risque avant le chargement.
Un seul responsable du groupage. Face au transporteur et à la douane, il ne doit y avoir qu'un interlocuteur, qui rassemble les lots, porte le dossier et répond de sa cohérence. Le transporteur ne voit plus six clients, il en voit un.
Aucun lot chargé sans dossier complet. C'est la règle qui change tout. Pour le Mali, chaque lot doit arriver au chargement avec ses pièces : facture commerciale et liste de colisage, connaissement, bordereau électronique de suivi des cargaisons pour une marchandise arrivée par mer, et du côté malien, l'enregistrement de l'importateur auprès de la direction du commerce, l'intention d'importation, l'attestation d'assurance souscrite auprès d'un assureur malien et l'ordre de transit donné à un commissionnaire agréé, comme l'indique le portail commercial du Mali. Pour une importation au Sénégal, la déclaration préalable d'importation est obligatoire depuis le 1er mai 2024 pour toute marchandise d'une valeur FOB d'au moins 500 000 FCFA. Un lot incomplet attend le camion suivant. Il ne bloque pas les autres.
Les formalités faites à Dakar. Pour une destination au Sénégal, le plus simple est de dédouaner la marchandise à Dakar avant le chargement : elle voyage ensuite libre, sans aucune formalité en route. Pour le Mali, le dédouanement final a lieu au bureau de destination, mais tout se prépare à Dakar. Les marchandises maliennes y passent par les Entrepôts maliens au Sénégal, créés en 1977, qui ont vu transiter plus de 11 millions de tonnes en 2023, et la douane malienne dispose d'un bureau à Dakar. Rien ne doit être découvert à la frontière qui aurait pu être vérifié au port.
Un chargement pensé pour la livraison. Chaque lot palettisé et étiqueté au nom de son destinataire, chargé dans l'ordre inverse des livraisons, avec un bon de livraison par destinataire. Le comptage à l'arrivée prend dix minutes au lieu d'une demi-journée.
Un prix partagé clairement. Le coût du camion est réparti au poids ou au volume, avec un minimum par lot. Chacun sait ce qu'il paie avant le départ.
Ce que le petit importateur y gagne
Il paie une part de camion au lieu d'un camion entier. Sa marchandise part avec un transporteur qui l'accepte, parce que le dossier ne lui fait plus peur. Et elle arrive à la même vitesse qu'un chargement complet, puisqu'elle voyage dans le même camion.
Le groupage n'est pas une solution de second rang. C'est la seule façon rationnelle de transporter un petit volume sur une longue distance, à condition que quelqu'un en assume l'organisation.
Ce que nous faisons
Nous regroupons les petits lots de plusieurs clients sur un même camion, avec un seul dossier face au transporteur. Chaque lot est vérifié avant le chargement : un lot incomplet attend le camion suivant plutôt que de retenir celui des autres. Le camion est suivi, et chaque destinataire voit où en est sa marchandise.
Si vous avez quelques tonnes qui attendent au port, décrivez-les à notre assistant : nature, poids, volume, destination. Nous vous dirons quand le prochain groupage part.
À lire aussi : groupage ou camion complet, comment choisir et le transit routier inter-États expliqué.
Sources : Convention A/P4/82 de la CEDEAO relative au transit routier inter-États, Cotonou, 29 mai 1982 (document douanier unique, suspension des droits, caution) ; portail commercial du Mali (enregistrement à la direction du commerce, intention d'importation, assurance malienne, ordre de transit) ; Conseil malien des chargeurs (bordereau électronique de suivi des cargaisons) ; douanes sénégalaises, généralisation de la déclaration préalable d'importation au 1er mai 2024 ; eRegulations du corridor Dakar Bamako (Entrepôts maliens au Sénégal, bureau de la douane malienne à Dakar, trafic 2023) ; grille officielle des tarifs du corridor de Dakar (distance Dakar Bamako).
