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Taxe carbone aux frontières de l'Europe : ce que le MACF change pour l'acier, l'aluminium, le ciment et les engrais africains

14 septembre 2026 · 6 min de lecture

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Aciérie de Vanderbijlpark, en Afrique du Sud, et ses cheminées au-dessus de la plaine

Photo : Kierano · CC BY-SA 4.0

Le 1er février 2027, les importateurs européens pourront acheter leurs premiers certificats carbone aux frontières. Ils serviront à payer le carbone de tout ce qu'ils ont importé depuis le 1er janvier 2026, et la déclaration de l'année 2026 est due au plus tard le 30 septembre 2027. Autrement dit, la facture de l'acier, de l'aluminium ou des engrais achetés cette année n'est pas encore arrivée. Elle arrivera.

Ce mécanisme s'appelle le MACF, mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, ou CBAM en anglais. Il est entré dans sa phase définitive au début de l'année, et il concerne directement quiconque vend, achète ou prévoit de produire en Afrique pour le marché européen.

Le principe, en une phrase

Un producteur européen d'acier ou de ciment paie ses émissions de CO2 sur le marché européen du carbone. Le MACF fait payer le même prix au carbone contenu dans les produits importés, pour que l'usine européenne ne soit pas concurrencée par une usine qui pollue sans payer. Le texte de base est le règlement (UE) 2023/956, simplifié par le règlement (UE) 2025/2083, en vigueur depuis le 20 octobre 2025.

Quels produits, exactement

Six familles sont visées : le ciment, le fer et l'acier, l'aluminium, les engrais azotés et composés contenant de l'azote, l'électricité et l'hydrogène.

C'est dans le détail des codes douaniers que se trouve ce qui intéresse l'Afrique. Dans la famille du fer, seul le minerai aggloméré, les boulettes et le minerai fritté, figure dans la liste. Le minerai non aggloméré, celui qui sort des mines en fines ou en morceaux, n'y est pas. Le minerai de Simandou, dont la première cargaison a quitté la Guinée le 2 décembre 2025, entre en Europe sans MACF. L'acier fabriqué avec, non.

Même logique pour l'aluminium : la bauxite et l'alumine ne sont pas visées, le métal l'est. Pour les engrais, ce sont l'ammoniac, l'acide nitrique et les engrais contenant de l'azote. Un phosphate simple n'y figure pas, un engrais composé azoté oui.

Qui paie, et combien

C'est l'importateur européen qui paie, ou son représentant en douane. Depuis la simplification de 2025, il n'est concerné qu'au-delà de 50 tonnes de produits visés par an. Selon les institutions européennes, ce seuil exempte environ 90 % des importateurs, surtout des petites entreprises, tout en couvrant 99 % des émissions importées. Au-dessus du seuil, il faut obtenir le statut de déclarant autorisé avant d'importer.

Le prix du certificat suit celui du marché européen du carbone, en moyenne trimestrielle en 2026, puis hebdomadaire à partir de 2027. À la fin de l'été 2026, la tonne de CO2 s'échangeait autour de 80 euros.

Si un prix du carbone a déjà été payé dans le pays de production, il est déduit. Et l'importateur peut déclarer soit les émissions réelles de l'usine, vérifiées par un organisme accrédité, soit des valeurs par défaut fixées par la Commission. Ces valeurs sont prudentes par construction : elles ne sont pas faites pour récompenser l'absence de mesure.

Pourquoi 2026 coûte peu, et 2034 beaucoup

Les producteurs européens reçoivent encore des quotas gratuits, et le MACF ne s'applique qu'à la part qui n'est plus gratuite. Cette part augmente chaque année selon un calendrier fixé par la directive européenne sur le marché du carbone. En simplifiant, voici la proportion du carbone réellement facturée :

AnnéePart facturée
20262,5 %
20275 %
202810 %
202922,5 %
203048,5 %
203161 %
203273,5 %
203386 %
2034100 %

Pour fixer les idées, prenons une tonne d'acier dont la fabrication a émis deux tonnes de CO2, un ordre de grandeur courant pour la filière du haut fourneau. À 80 euros la tonne de carbone, la charge théorique complète est de 160 euros par tonne d'acier. Elle pèse peu en 2026. En 2030, elle en représente près de la moitié. En 2034, tout.

Un investisseur qui construit aujourd'hui une usine destinée à l'export vers l'Europe la mettra en service au moment où la facture devient sérieuse.

Qui est exposé en Afrique

La Banque mondiale a mesuré l'exposition de chaque pays. Le cas le plus net est celui du Mozambique : 97 % de son aluminium part vers l'Union européenne, et sa production émet 7,4 fois plus de CO2 par dollar exporté que la moyenne des producteurs européens. Le surcoût carbone y représenterait 6 % de la valeur de ses exportations d'aluminium, et 0,6 % de son PIB, le niveau le plus élevé au monde. L'Égypte suit, à 0,2 % du PIB, surtout à cause de ses engrais.

Le même travail montre l'inverse pour le Ghana. Son aluminium, produit avec de l'électricité hydraulique, émet moins que la moyenne européenne, et son exposition est négative : le mécanisme lui donne un avantage.

C'est la leçon principale. Le MACF ne pénalise pas l'Afrique en tant que telle. Il pénalise le carbone, et il récompense l'électricité propre.

Ce que cela change pour qui achète ou investit en Afrique de l'Ouest

Le lieu de transformation décide du prix. Un minerai exporté brut vers l'Europe échappe au mécanisme. Le même minerai transformé en acier au charbon le paie. Transformé avec du gaz, de l'hydraulique ou du solaire, il en paie beaucoup moins. Pour un projet industriel sur la côte ouest-africaine, le choix de l'énergie devient une ligne du compte de résultat.

Mesurer dès le premier jour. Une usine qui ne sait pas documenter ses émissions sera déclarée aux valeurs par défaut, donc au prix fort. Les données d'émissions de l'installation font désormais partie de ce qu'un acheteur européen demande, au même titre qu'un certificat d'analyse.

Relire ses Incoterms. Vendre en DDP en Europe, c'est prendre l'importation à sa charge. Le vendeur, qui passe alors par un représentant établi dans l'Union, voit le MACF s'ajouter à sa propre facture. Un prix DDP calculé sans lui est un prix faux. Voir notre guide des Incoterms.

Ne pas oublier le Royaume-Uni. Londres a annoncé son propre mécanisme à partir du 1er janvier 2027, sur des secteurs proches.

Ce que nous faisons

Quand nous montons un dossier d'achat pour un client européen, nous vérifions d'abord le code douanier du produit, et donc s'il entre dans le champ du mécanisme. Si c'est le cas, nous demandons au fournisseur ses données d'émissions par installation avant la commande, pas après. Et quand nous chiffrons une livraison DDP, le coût carbone figure dans le prix.

Si vous achetez de l'acier, de l'aluminium, du ciment ou des engrais en Afrique, ou si vous étudiez une unité de transformation, parlons-en avant de fixer vos prix pour 2027.

À lire aussi : acheter des produits miniers et agricoles africains sans risque et acheter des produits en Afrique pour l'export.


Sources : Commission européenne, Fiscalité et union douanière, régime définitif du MACF (entrée en vigueur au 1er janvier 2026, déclarants autorisés, seuil de 50 tonnes, calcul du prix des certificats, déduction du prix du carbone payé à l'origine) ; règlement (UE) 2023/956 et son annexe I (liste des produits et codes douaniers) ; règlement (UE) 2025/2083, en vigueur depuis le 20 octobre 2025 (simplification, date de déclaration, vente des certificats) ; Parlement européen et Conseil, communiqués de 2025 (90 % des importateurs exemptés, 99 % des émissions couvertes) ; directive 2003/87/CE modifiée (calendrier de suppression des quotas gratuits) ; Banque mondiale, Maliszewska, Chepeliev, Fischer et Jung, 2 juillet 2025 (indices d'exposition, Mozambique, Égypte, Ghana).

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