En octobre 2024, Montage Gold a réuni 825 millions de dollars pour construire la mine d'or de Koné, en Côte d'Ivoire. Personne n'a prêté cette somme sur la foi d'un permis. Les financeurs ont lu une étude de faisabilité qui annonçait seize ans de production, et des chiffres de ressources et de réserves établis selon une norme reconnue, sous la signature de professionnels qui en répondent.
Ce vocabulaire, ressources, réserves, personne compétente, préfaisabilité, sépare les projets miniers qui se financent de ceux qui restent sur le papier. Le voici expliqué, avec les documents qu'il faut demander avant d'investir, les risques, et la façon dont les mines se financent aujourd'hui en Afrique de l'Ouest.
Les normes : JORC, NI 43-101 et les autres
Une société minière cotée ne peut pas annoncer n'importe quel chiffre. Chaque grande place boursière impose une norme de déclaration :
- le code JORC en Australie, appliqué par la bourse de Sydney (ASX) ;
- la norme NI 43-101 au Canada, appliquée par les autorités des marchés canadiennes, avec les définitions de l'Institut canadien des mines (CIM) ;
- le code SAMREC en Afrique du Sud, le code PERC en Europe, la règle S-K 1300 aux États-Unis.
Ces normes ont la même racine : le modèle international du CRIRSCO. Elles utilisent les mêmes catégories, et la norme canadienne accepte un rapport établi selon JORC, PERC ou SAMREC.
Le code JORC en vigueur date de 2012. Sa refonte est en cours : un projet publié le 1er août 2024 a reçu plus de 8 200 commentaires, une version révisée a circulé en juin 2025, et le comité JORC annonçait en mars 2026 que le futur code serait transmis au début du deuxième trimestre 2026 à la bourse de Sydney, au régulateur australien, au CRIRSCO et aux organismes fondateurs, pour une dernière relecture avant son approbation.
La personne compétente
Aucun chiffre public n'est valable sans une signature. Le code JORC exige que toute déclaration s'appuie sur le travail d'une personne compétente : membre de l'institut australien des mines et de la métallurgie (AusIMM), de l'institut australien des géoscientifiques (AIG) ou d'une organisation professionnelle reconnue, avec au moins cinq ans d'expérience sur le type de gisement concerné et sur l'activité qu'elle déclare.
La norme canadienne parle de personne qualifiée : un ingénieur ou un géoscientifique comptant au moins cinq ans d'expérience en exploration, en développement ou en exploitation minière, membre en règle d'une association professionnelle. Cette personne engage sa responsabilité professionnelle. Un chiffre sans nom ni qualification n'a aucune valeur.
Résultats d'exploration, ressources, réserves
| Catégorie | Ce que cela veut dire | Ce qu'on peut en faire |
|---|---|---|
| Résultats d'exploration | Des forages, des tranchées, des analyses : des indices, pas encore un gisement | Décider de forer davantage |
| Ressource inférée | Un gisement dont la quantité et la teneur sont estimées avec peu de données | Une étude de cadrage, jamais une réserve |
| Ressource indiquée | Assez de données pour estimer avec une confiance raisonnable | Devenir une réserve probable, après étude |
| Ressource mesurée | Des données serrées, une estimation fiable | Devenir une réserve prouvée ou probable, après étude |
| Réserve probable | La part d'une ressource indiquée qu'on peut exploiter avec profit | Un plan de mine et un financement |
| Réserve prouvée | La part d'une ressource mesurée qu'on peut exploiter avec profit | Un plan de mine et un financement |
Le passage de la ressource à la réserve est le point clé. Une réserve tient compte des facteurs de modification : la méthode d'extraction, la dilution, le traitement du minerai, les infrastructures, les coûts, les prix, le droit, l'environnement et l'acceptation sociale. Une ressource de 3 millions d'onces n'est pas 3 millions d'onces vendables. Et une ressource inférée ne devient jamais une réserve tant qu'elle n'a pas été forée davantage.
Les études : cadrage, préfaisabilité, faisabilité
Un projet minier avance par études successives, de plus en plus coûteuses et précises : l'étude de cadrage, appelée évaluation économique préliminaire au Canada, puis l'étude de préfaisabilité, puis l'étude de faisabilité, dite définitive quand elle prépare la décision de construire.
Leur précision réelle est moins bonne qu'on le croit. Le cabinet AMC Consultants a comparé les estimations de coûts à la réalité sur de nombreux projets : de moins 50 % à plus 30 % pour une étude de cadrage, de moins 27 % à plus 30 % pour une préfaisabilité, de moins 20 % à plus 27 % pour une faisabilité. Le chiffre de plus ou moins 10 % qu'on lit souvent n'est, selon lui, presque jamais atteint en dehors de l'usine de traitement.
Les documents à demander
Avant d'entrer dans un projet, exigez au minimum :
- le titre minier et la convention minière, vérifiés au cadastre ;
- le dernier rapport technique, selon JORC (avec son tableau 1) ou selon NI 43-101, signé par sa personne compétente ou qualifiée ;
- la base de données des forages et les certificats d'analyse d'un laboratoire accrédité ;
- les contrôles qualité des analyses : échantillons étalons, blancs et doublons ;
- les essais métallurgiques, qui disent si le minerai se traite et à quel rendement ;
- l'étude d'impact environnemental et social, et son approbation par l'État ;
- les autorisations des cessions passées et l'état des droits payés.
Les cabinets qui signent ces documents
Les rapports techniques des sociétés cotées sont signés par des cabinets de conseil en géologie et en ingénierie minière, dont les noms reviennent d'un rapport à l'autre : SRK Consulting, AMC Consultants, Snowden Optiro, SLR, Wardell Armstrong, CSA Global, entre autres. Les études de faisabilité font appel à des sociétés d'ingénierie, et les financements à des cabinets d'avocats spécialisés : dans le financement de Koné, par exemple, le cabinet canadien Torys conseillait Zijin Mining. Un rapport signé par un cabinet connu n'est pas une garantie, mais un rapport signé par personne est un signal d'alarme.
Les risques
- Le risque géologique : le gisement est plus petit, plus pauvre ou plus dur à traiter que prévu.
- Le risque juridique et politique : le 16 juin 2025, le tribunal de commerce de Bamako a placé le complexe aurifère de Loulo-Gounkoto, exploité par Barrick, sous administration provisoire. Le différend s'est réglé le 24 novembre 2025 par un accord : environ 143 milliards de FCFA versés à l'État, l'adhésion de Barrick au code minier de 2023, et la prolongation du permis de dix ans.
- Le risque de sécurité, sensible au Sahel, sur les sites et sur les routes d'approvisionnement.
- Le risque d'infrastructure : électricité, eau, routes, port.
- Le risque de prix et de change, sur la durée de vie de la mine.
Comment une mine se finance
- En bourse : les sociétés d'exploration lèvent des fonds à Sydney, Toronto ou Londres, sur la base de leurs rapports techniques.
- Par le « streaming » : un financeur paie d'avance une partie de la production future. Pour Koné, Wheaton Precious Metals verse 625 millions de dollars contre 19,5 % de l'or payable jusqu'à 400 000 onces, puis une part dégressive.
- Par un actionnaire stratégique : Zijin Mining a apporté 125 millions de dollars à Koné, entre un prêt et un flux d'or remboursable. Au Mali, le groupe chinois Hainan a investi 117,75 millions de dollars dans le projet de lithium de Bougouni de Kodal Minerals, opération bouclée en novembre 2023.
- Par la dette : prêts bancaires et facilités de financement de projet, une fois les réserves établies.
Notre lecture
Il circule beaucoup de projets avec un chiffre impressionnant et aucun document. Le vocabulaire de cet article est le meilleur filtre que nous connaissions. Quelle norme ? Quelle catégorie ? Quelle personne compétente ? Quelle étude ? Un vendeur sérieux répond à ces quatre questions en envoyant des documents. Les autres changent de sujet.
L'Afrique de l'Ouest a des gisements de rang mondial, et les financements existent : Koné l'a montré. Ce qui manque le plus souvent, ce n'est pas l'argent, c'est le dossier technique qui permet de le lever.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le code JORC ?
C'est la norme australienne de déclaration des résultats d'exploration, des ressources et des réserves minérales, appliquée par la bourse de Sydney. La version en vigueur date de 2012, et une nouvelle édition est en cours de finalisation.
Quelle différence entre ressource et réserve minière ?
Une ressource est une concentration de minerai estimée. Une réserve est la part de cette ressource qu'on peut exploiter avec profit, une fois pris en compte les coûts, la technique, le droit et l'environnement.
Qu'est-ce qu'une personne compétente ?
Un professionnel membre d'une organisation reconnue, comme l'AusIMM ou l'AIG, avec au moins cinq ans d'expérience sur le type de gisement concerné, qui signe et engage sa responsabilité sur les chiffres publiés.
Quelle différence entre JORC et NI 43-101 ?
La première est australienne, la seconde canadienne. Elles partagent les mêmes catégories, issues du modèle du CRIRSCO, et la norme canadienne accepte un rapport établi selon JORC.
Une ressource inférée suffit-elle pour financer une mine ?
Non. Elle permet une étude de cadrage, mais ne peut pas devenir une réserve sans forages supplémentaires. Les financeurs d'une construction regardent les réserves et l'étude de faisabilité.
Ce que nous faisons
GraceRoad accompagne les acheteurs et les investisseurs sur mandat, avec des frais de sourcing fixés d'avance et un cahier des charges précis : substance, pays, teneur, taille. Avant de vous présenter un projet ou un permis, nous demandons les documents de cette liste et vérifions qui les a signés. Nous travaillons avec des géologues et des avocats miniers reconnus, et nous vous disons quand un dossier ne tient pas.
À lire aussi : permis minier en Afrique de l'Ouest : comment l'obtenir et load-out minier : du stock au navire.
Sources : comité JORC, page « Competent Persons » et note « JORC Update » de mars 2026 ; Australasian Code for Reporting of Exploration Results, Mineral Resources and Ore Reserves, édition 2012 ; Autorités canadiennes en valeurs mobilières, Règlement 43-101 et Normes de définitions de l'ICM (2014) ; CRIRSCO ; AMC Consultants, « Why feasibility studies fail » ; Mining Weekly et The Northern Miner, 24 octobre 2024, sur le financement de Koné ; Torys, fiche « Koné Gold Project », décembre 2024 ; Mining Weekly, 15 novembre 2023, sur le financement de Bougouni ; Barrick Mining, communiqué du 24 novembre 2025 et rapport annuel 40-F 2025, sur Loulo-Gounkoto.
