Le 13 mars 2026, le tribunal de Rotterdam a condamné quatre personnes dans une affaire de faux rapports d'échantillonnage. Entre mars 2021 et juillet 2022, elles avaient organisé sept faux prélèvements d'échantillons dans des réservoirs de Shell à Pernis et à Europoort, sans l'accord de Shell ni de l'organisme d'inspection SGS. Les rapports tirés de ces mises en scène devaient prouver l'existence de 2 millions de barils de pétrole brut, proposés pour 155 millions de dollars. Le pétrole n'existait pas. Un salarié de Shell et un salarié de SGS ont été condamnés comme complices.
L'affaire montre que même un vrai terminal et de vrais inspecteurs peuvent servir de décor. Le groupe de travail réuni par l'autorité portuaire de Rotterdam, les terminaux et la police estime les pertes des négociants à au moins 10 millions d'euros par an, et les offres frauduleuses qui lui ont été signalées en 2025 atteignaient 2,5 milliards d'euros. Voici les douze signaux qui doivent vous arrêter, que l'offre porte sur du gasoil, du cacao, du cajou ou de l'or.
Les 12 signaux
1. Une offre que vous n'avez pas demandée
Un vendeur inconnu vous écrit pour vous proposer des volumes importants. L'administration américaine du commerce place les offres non sollicitées en tête des signaux d'alerte.
2. Un prix très inférieur au marché
Personne ne vend durablement en dessous du cours. Une remise importante sur un produit coté à Rotterdam, Londres ou New York est presque toujours un appât.
3. Des frais à payer avant de voir la marchandise
Taxes, enregistrement, frais bancaires, frais d'avocat, certificat, stockage : chaque frais est présenté comme le dernier. C'est le schéma classique de l'escroquerie aux frais d'avance.
4. L'urgence et le secret
« Le navire part demain », « l'offre expire ce soir », « ne parlez à personne de cette transaction ». La pression sert à vous empêcher de vérifier.
5. Un site qui imite un terminal connu
À Rotterdam, les escrocs créent de faux sites qui copient de vrais terminaux de stockage, et vendent des stocks qui n'existent pas. Le groupe de travail Storage Spoofing publie une liste blanche des sites légitimes et une liste noire des sites frauduleux. Contactez toujours le terminal par les coordonnées de son site officiel, jamais par celles du vendeur.
6. Des documents qu'on ne peut pas vérifier soi-même
Un « reçu de stockage » sans numéro de réservoir, sans quantités mesurées ni signature d'inspecteur, un certificat de qualité envoyé en PDF : rien de cela ne prouve qu'un produit existe. SGS propose une vérification gratuite de ses documents. Pour les autres organismes d'inspection, posez la question directement à leur siège.
7. Une chaîne d'intermédiaires
Le vendeur est le « mandataire » d'un mandataire, qui représente un « fournisseur direct » que vous ne rencontrerez jamais. Plus la chaîne est longue, moins quelqu'un est responsable.
8. Une procédure imposée et non négociable
On vous demande d'envoyer d'abord une lettre d'intention, un ordre d'achat irrévocable ou une preuve de fonds, avant d'avoir reçu la moindre offre vérifiable. Un vrai vendeur adapte la procédure à son acheteur.
9. Un paiement sur un compte personnel ou sans lien avec le vendeur
Le compte est au nom d'une personne, ou dans un pays sans rapport avec la marchandise ni avec la société. Le paiement doit aller à la société qui vend, sur un compte à son nom.
10. Un refus de l'inspection ou du crédit documentaire
Le vendeur refuse que vous choisissiez l'organisme d'inspection, ou refuse un crédit documentaire et exige un virement d'avance. Un vrai vendeur accepte d'être payé contre documents.
11. Des relations au plus haut niveau
Le vendeur met en avant ses liens avec des ministres, une banque centrale ou une société nationale. L'alerte américaine sur le Ghana note que ces escroqueries s'appuient habituellement sur des liens revendiqués avec des responsables publics.
12. De l'or à prix cassé
On vous promet de grandes quantités d'or sous le cours mondial, à condition de payer d'avance taxes, assurance ou licences. L'administration américaine du commerce classe l'achat, la vente ou le paiement en or parmi les principales catégories d'escroqueries signalées au Ghana.
Comment vérifier une offre
- La société : immatriculation au registre du commerce de son pays, adresse réelle, site et adresse électronique sur son propre domaine.
- Le produit : demandez au terminal ou à l'entrepôt, par ses coordonnées officielles, si le stock existe et au nom de qui.
- Les documents : faites vérifier chaque certificat par l'organisme qui l'aurait émis.
- L'inspection : choisissez vous-même l'organisme, et faites inspecter avant tout paiement.
- Le paiement : crédit documentaire ou paiement contre documents, à la société qui vend.
Si vous avez déjà payé, gardez tous les échanges et prévenez votre banque et la police sans attendre.
Notre lecture
Les arnaques coûtent plus que l'argent perdu. Elles rendent les acheteurs méfiants envers toute offre venue d'Afrique, y compris celles des vrais producteurs. Chaque acheteur escroqué est un client que les exportateurs honnêtes ne verront jamais.
La meilleure défense n'est pas la méfiance générale, c'est la vérification systématique. Un vendeur sérieux n'est jamais vexé qu'on vérifie : il s'y attend.
Questions fréquentes
Comment reconnaître une fausse offre de gasoil EN590 ?
Un prix très inférieur au cours, une procédure imposée avec frais d'avance, un stock dans un terminal que vous ne pouvez pas contacter vous-même, et des documents d'inspection invérifiables.
Qu'est-ce que le « storage spoofing » ?
Le nom donné à Rotterdam à la vente de capacités de stockage ou de stocks qui n'existent pas, souvent au moyen de faux sites qui imitent de vrais terminaux.
Comment vérifier un certificat SGS ?
SGS propose sur son site un service gratuit de vérification de ses documents. Pour les autres organismes, adressez-vous à leur siège par leurs coordonnées officielles.
Faut-il payer des frais pour un test de cuve avant d'acheter ?
Pas à un vendeur que vous ne connaissez pas. Un test de cuve se fait avec l'organisme d'inspection de votre choix, contacté par vous.
Que faire si j'ai été victime d'une arnaque ?
Conservez tous les échanges, prévenez immédiatement votre banque pour tenter de bloquer le virement, et portez plainte.
Ce que nous faisons
GraceRoad vérifie les fournisseurs avant tout engagement : immatriculation, agrément, existence du stock, visite quand le volume le justifie, inspection par un organisme indépendant. Le paiement se fait par crédit documentaire, contre documents. Nous ne traitons ni l'or, ni les diamants, ni les pierres précieuses.
À lire aussi : agent de sourcing en Afrique : prix, mandat, comment choisir et moyens de paiement : crédit documentaire, SBLC, cash.
Sources : tribunal de Rotterdam, jugements du 13 mars 2026 dans l'affaire Barrel (ECLI:NL:RBROT:2026:2480 et suivants), résumés par BijzonderStrafrecht.nl ; groupe de travail Storage Spoofing (autorité portuaire de Rotterdam, VOTOB, The Commodity Traders et police portuaire), pages « About » et « Historic: first case », février 2026 ; Hansa, 12 février 2026 ; International Trade Administration des États-Unis, « Ghana Scam and Fraud Alert » ; SGS, service de vérification des documents.
